Entre nous : L’école publique sacrifiée !

Les élèves du Mali reprennent ce lundi matin les chemins de l’école. Malheureusement, le gouvernement de la République du Mali n’est pas en mesure de garantir une rentrée scolaire paisible pour les enfants du pays. Comme depuis quelques années, des milliers de jeunes enfants n’iront pas à l’école au nord et au centre du Mali à cause de l’insécurité qui a contraint les autorités scolaires et administratives à déserter leurs zones d’affection.

Si les hommes du prêcheur radical Amadou Kouffa, chef du Front pour la libération du Macina, font régner la terreur dans certains secteurs des régions de Ségou et de Mopti, le non-retour de l’administration et des forces de défense et de sécurité dans de nombreuses zones de Tombouctou, Gao et Kidal, hypothèque l’avenir de milliers d’enfants privés de leur droit fondamental d’accès à une éducation. L’UNICEF estime que plus de 1.000.000 d’enfants ne sont pas scolarisés au Mali et plus de 500 écoles sont fermées, abandonnées ou détruites dans les régions du nord et du centre.

A l’image de ceux-ci, de nombreux enfants qui fréquentent l’école publique sont laissés à la merci des politiques expérimentables. Et du coup, l’école publique, devenue le dépotoir des enfants de pauvres, a été sacrifiée. Aujourd’hui, rares sont les hauts cadres ayant étudié dans les établissements publics qui n’envoient pas leurs progénitures dans des écoles privées dont les frais de scolarité sont hors de la portée du malien moyen. L’école publique restera dans cet état piteux aussi longtemps que les responsables censés prendre des décisions courageuses ont suffisamment de moyens pour étudier ailleurs. Pis, ils sont les propriétaires des écoles privées de renommée qui poussent comme des champignons.

Un groupe de jeunes rappeurs dans l’un de ses morceaux intitulés « Kala », avait caricaturé la situation actuelle dans une formule célèbre disant que le pauvre reste pauvre, le riche reste riche, le pays va à vau-l’eau. L’état de l’école publique résulte d’une machination des différents dirigeants successifs (à l’exception des pères fondateurs) du pays qui ne veulent pas prendre conscience des conséquences dramatiques de leurs politiques hasardeuses.

En plus de l’état des établissements publics, la prolifération des écoles privées, créées par les mêmes cadres de l’Etat, a donné un coup de grâce à un système éducatif qui faisait jadis la fierté du Mali sur la scène continentale, voire internationale. Contrairement à leur discours, les dirigeants n’ont aucune volonté de doter le pays d’un système éducatif performant capable d’être le moteur du décollage du pays.

Par la médiocrité de son capital humain, le Mali est appelé à connaître des lendemains difficiles à l’heure de l’intégration sous-régionale et régionale. Au cours d’une cérémonie de sortie de promotion de l’université privée dont il est le promoteur, Abdallah Coulibaly déclarait qu’« un pays dans lequel on achète des diplômes, n’a pas de raisons d’exister ». Un vieil adage chinois nous enseigne ceci : « Si vous voulez détruire un pays ennemi, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vie humaine. Il suffit de détruire son système éducatif et d’y généraliser la corruption.  Ensuite, il faut attendre vingt ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera alors très facile de les vaincre.»

Par Chiaka Doumbia

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