Entre nous : N’accélérons pas la partition de notre pays !

Cette interpellation s’adresse à la fois aux pouvoirs publics qu’à ceux qui ont choisi d’envahir la rue avec tout ce que cela comporte comme risque pour manifester. Que cela soit clair pour tout le monde !

La campagne pour le référendum relatif au projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992 s’ouvre ce vendredi 23 juin 2017 sur toute l’étendue du territoire national. Loin d’être un facteur de consolidation de la cohésion et du renforcement des acquis démocratiques, le projet s’avère une source de malaise, de crispation.

Les opposants à la réforme constitutionnelle se renforcent et la majorité présidentielle se fissure. Tous les candidats potentiels à la magistrature suprême ont pris position contre la réforme constitutionnelle et mobilisent leurs troupes dans cette perspective. La grande marche du samedi dernier a été un succès total avec une mobilisation-record qu’il ne faudrait nullement sous-estimer.

Les contestations au projet présidentiel interviennent dans un contexte de frustration voire de déception à plusieurs niveaux. Des soldats tombent régulièrement sous les balles des traîtres et ces morts ‘’bêtes’’ passent difficilement au sein de la Grande muette. Des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l’Etat. Le retour de l’Etat à Kidal avant le 20 juin 2017 semble compromis avec l’escalade des affrontements intercommunautaires. Du moins en apparence.

Le climat social est loin d’être apaisé. Des actes de défiance comme le recours à la justice populaire sont devenus des pratiques courantes dans une République où nul n’est censé se faire justice. Les pouvoirs publics notamment le Président de la République ne semblent jusque-là pas pris la juste mesure de ces frustrations et déceptions qui poussent dans la rue de milliers de citoyens qui ne cherchent que de prétextes pour manifester leur ras-le-bol.

Si l’on n’y prend garde les divergences autour de ce texte, qui n’augurent rien de bon pour la préservation de l’unité nationale, pourront déboucher sur une escalade de violences politiques avec des revendications pouvant devenir maximalistes au fur et à mesure que les uns ou les autres se sentiront en position de force. Au moment où le nord peine à guérir et que le centre s’embrase, il serait très contreproductif d’ouvrir un nouveau foyer de tension à Bamako.

Evitons de tomber dans des pièges qui ne feront qu’accélérer la partition de notre pays. Evitons le forcing. Car à ce rythme, nous allons droit dans le mur. L’heure est extrêmement grave. C’est le temps des angoisses, des incertitudes et des inquiétudes. N’accélérons pas la partition de notre pays !

La balle est dans le camp du Président IBK. De deux choses l’une : ou IBK maintient contre vents et marées son Projet de référendum controversé, ou il prend son courage à deux mains pour y surseoir, histoire de voir les esprits se calmer. Cette option, l’une des revendications des partisans du ‘’Non’’, a été proposée par le « Mouvement Vert Jaune Rouge » et le Parti Yèlèma de Moussa Mara. Et chacune des manches de l’alternative comporte des avantages et des risques potentiels difficiles à prévoir.

La sagesse recommande au chef de l’Etat, garant de la cohésion nationale, d’approfondir la réflexion. Il ne s’agit point d’un baroud d’honneur mais plutôt de faire preuve de sagesse et de lucidité. Quant aux responsables de la plateforme du ‘’Non’’, ils doivent mesurer leur responsabilité face à l’histoire. S’ils sont majoritaires comme ils le prétendent, ils ont l’opportunité de le prouver en allant MASSIVEMENT VOTER NON CONTRE LE TEXTE AU LIEU D’ENVAHIR LA RUE POUR FAIRE MONTER LES PERILS. Car, à l’heure actuelle, personne ne sait où ces manifestations à l’image de celle du 17 juin 2017 peuvent nous conduire.

Par Chiaka Doumbia

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