Festival « Senté du Ganadougou » : Un véritable coup de maître

Afin de faire la promotion culturelle de leur terroir, l’intercommunalité, le réseau des femmes et la jeunesse du Ganadougou, sous l’initiative  de la diva Mamou Sidibé, ont décidé de célébrer  et de pérenniser  l’usage du Senté par l’instauration d’une festivité annuelle. Dénommée festival Senté du Ganadougou, la première édition a eu lieu du samedi 15 au lundi 17 avril 2017 à Niéna. Elle a regroupé une pléiade d’artistes de renom venant  des quatre coins du Mali, des autorités politico-administratives de la région de Sikasso, des ressortissants du Ganadougou et leurs sympathisants. Bakary Togola, le président de l’APCAM et Dr Diakité Assa Traoré (Assa Prado) ont parrainé l’évènement. La Compagnie Gana transport  était le sponsor officiel qui a transporté les festivaliers.

A l’ouverture, dans l’enceinte de l’Ecole Fondamentale Publique de Niéna, sise sur la route nationale  qui mène à  Sikasso, plusieurs interventions ont été faites. Espacées par des intermèdes musicaux en live, elles ont concerné celle du maire de la commune rurale de Niéna, Bakary Sangaré, du député élu de Niéna, de la présidente du festival Senté du Ganadougou, Mamou Sidibé afin de planter le décor.

Pour boucler la boucle, ce fut l’adresse de Madame le  ministre  de la Culture, N’Diaye Ramatoullaye  Diallo, l’enfant du terroir, qui n’a pas caché sa grande satisfaction et toute sa fierté d’être aux côtés des siens pour le lancement officiel de la première édition du Festival Senté du Ganadougou. Elle a promis tout le soutien du gouvernement et sa disponibilité afin d’œuvrer à la promotion de la culture du Ganadougou, en général mais aussi et surtout pour la pérennisation du Senté.  Elle a profité de l’occasion pour informer les populations du Ganadougou du classement de Bamakolon à Sankoro au Patrimoine national humain du Mali. Puis commencèrent les festivités proprement dites.

La charité bien ordonnée commençant par soi-même, c’est la diva Mamou Sidibé qui a ouvert le bal ce 15 avril  en interprétant  quelques morceaux  de son répertoire pour honorer le public. Après une courte pause, la fête musicale a repris son cours. Tour à tour, durant les trois jours et deux nuits, les artistes invités se sont succédé sur le plateau pour interpréter chacun, deux morceaux. C’était le groupe peulh, Djénéba  Seck, Yacouba Moumini du Niger, Fanièna  Samaké, Néba  Solo, Baba Salah, Bakoro  Sidibé (la protégée de Mamou Sidibé), Mama Diancoumba  de Ségou, Mariam Sidibé, Batogoma Kouyaté.  Mariam Bagayogo, quasiment  mère adoptive  et spirituelle de la diva, était  l’invitée d’honneur des artistes  du Festi  Senté du Ganadougou. Cette dame de 82 ans qui n’en donne pas l’allure tant ses prouesses physiques sont impressionnantes, étonne plus d’un sur la scène. Elle chante et danse quasiment comme dans sa tendre  jeunesse.  Des sketches et des défilés  de marionnettes du terroir du Ganadougou ont également émerveillé le public présent. L’évènement fut un véritable carnaval musical qui a aligné l’ensemble des talents musicaux  de la sphère géographique du Mali. Aucune contrée n’a été mise de côté. Devant la nécessité d’expliquer au public ce qu’est le Senté, une communication a été faite au Centre de Lecture et d’Animation sur la Culture (CLAC) de Niéna. Les organisateurs ont  jugé nécessaire de débattre aussi avec les femmes de Niéna, en compagnie des hommes, sur leur autonomisation économique en milieu rural. Le  conférencier principal  était Seydou Togola, 2ème adjoint au maire de Niéna. Il était assisté par l’honorable Togola, Djibril Diallo. Plusieurs autres personnes ont intervenu pour enrichir la communication sur le Senté.  Mais puisqu’il est impossible de prétendre que l’on a bien fêté  à Niéna sans la course cycliste, les organisateurs du Festival, par le biais de l’Amicale du Conseil des Jeunes du Ganadougou, ont tenu à boucler  le festival  en organisant  trois  courses cyclistes  qui ont opposé des cadets sur une distance de 6 km, les  juniors  sur  25 km et les seniors sur 100 km entre Niéna et Tiola et entre Niéna et Doukoukolobougou avec un critérium de 4 tours entre Niéna, la Plaine et Kobougoula. Chez les cadets, Tiémoko Diallo a remporté le tournoi. Koniba  Sangaré a eu raison de ses concurrents  au niveau junior. Chez les seniors, c’est Arouna Togola de Koumantou qui l’a emporté. Ses deux poursuivants étaient Bourama Coulibaly et Hamidou Diarra. Le premier point chaud était Issiaka Coulibaly, le 2ème Bourama Coulibaly et le 3ème fut Sidiki Diarra.

 

 A propos du Senté

Le Senté est un genre artistique musical et chorégraphique du terroir du Ganadougou. Il est majestueux (avec des notes tantôt monotones, tantôt mélancoliques ou tristes) et mystique. C’est pourquoi, sa pratique est réservée aux seuls  initiés. Lesquels ne lui faisaient recours que lors des grands évènements, comme l’entame  d’une guerre pour galvaniser les troupes, à la mort d’un grand homme pour inculquer la bravoure. C’était toujours sur instruction du patriarche du Ganadougou. On raconte que le Senté pouvait résonner par lui-même pour annoncer la survenue d’un grand évènement. Le Senté serait la résultante du métissage culturel et artistique entre les populations Peulhs et Bambaras du Ganadougou. Il est composé d’une flûte introduite par les nomades bergers peulhs qui l’utilisent  pour réduire  leur  solitude et les  tamtams utilisés par les bambaras sédentaires et autochtones. Ces tamtams sont au nombre de quatre : deux « dogani » ou « tamani »  et  deux « kenkeni ». Si, naturellement, les Diallo du Ganadougou sont demeurés  les détenteurs officiels de ce patrimoine musical, toutes les composantes du peuple Gana ont participé  à l’avènement du Senté. Les forgerons contribuent  à la fabrication des tamtams, les griots ayant  toujours fourni la peau utilisée pour leur confection. Toute chose qui sous-entend que c’est un folkrore  qui appartient à tous.

Qu’est-ce que le  Ganadougou ?

Le Ganadougou est un espace géographique habité, depuis le XVIème siècle,  par le métissage biologique des populations  peulhs et bambaras mais aussi des bambaras purs. Il est situé entre le Kaprondougou  et le  Bacon. Sa superficie couvre plus de 4000 km2. Niéna est donné pour capitale. Lorsque l’on visite le Ganadougou, on a la chance de découvrir plusieurs sites touristiques. Ce sont  entre autres, la grotte des Hyènes de Niéna ; le « Niangalo » (puits sacré naturel  au milieu d’un buisson à Niéna), des caïmans y vivent ; le trou sacré des caïmans de N’Tjilla  où des caïmans  génies sont les protecteurs du village ; la tombe de Ouaténi  Diallo, à Tjilla. On raconte que c’est à partir de cette localité que les frères Diallo se sont séparés pour des besoins de pâturage ; le lac sacré de Banzana ; le Bamako Fara où les génies hantent les hommes ; les Abeilles de Zanièma qui demeurent les gardiens farouches du village. Elles protègent les habitants des mauvais esprits ; la tombe de Lamine Koro. Les Koné de Zanièna et Niéna constituent toujours une identité culturelle mystique que le peuple  Gana conserve, malgré la présence de l’Islam.

Gaoussou M. Traoré *envoyé spécial à Nièna*

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