Hamidou Konaté de l’Association ARES en France : «Le Mali mérite un autre sort»

Hamidou Konaté est un malien vivant en France depuis 27 ans. Très actif dans les milieux associatifs et politiques dans l’hexagone, il est le fondateur de l’AMCES (Association Malienne pour la Culture, l’échange pour la solidarité) qui a laissé la place à l’ARES (Afrique Renouveau, Essor et Solidarité). Son association aide beaucoup les Maliens vivant en France. En vacances actuellement à Bamako, nous lui avons posé quelques questions. Entretien !

Le Challenger : Qui est Monsieur Hamidou Konaté ?

Hamidou Konaté : Je suis natif de Bamako. Par contraintes, je me suis retrouvé à l’étranger. Cela ne me plaît pas mais je suis obligé. Je vis à l’étranger depuis 1990.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer cette association ?

J’ai milité dans beaucoup d’associations françaises et de partis politiques. Je me suis dit qu’on parle très peu de mon pays et c’est cette raison qui m’a poussé à créer cette association. Dans certains endroits encore de la France, on ne connaît pas le Mali mais plutôt Tombouctou.

Pour moi, la culture malienne doit rayonner à travers le monde. Je devais m’occuper de mon pays. L’association s’appelait AMCES (association malienne pour la culture, l’éducation et la solidarité), créée le 10 juin 2001. L’année dernière on a changé le nom. Elle s’appelle aujourd’hui ARES (Afrique Renouveau, Essor et solidarité) et est basée à Stains dans le nord de la région parisienne.

L’association mène-t-elle des actions ?

Oui. On fait des actions dans beaucoup de départements en France. On tente de réunir tant bien que mal les maliens. Ce n’est pas facile mais on se débrouille. On tente de faire des conférences-débats, des actions de solidarité. On est beaucoup axé sur la culture, l’alphabétisation. On aide nos compatriotes à savoir lire et écrire parce qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont jamais été à l’école qui se rendent en France. On les aide à lire et à écrire. Ils remplissent tous leurs dossiers maintenant. On a des actions avec des écoles en France. On veut élargir le plan culturel à Bamako avec la création prochaine d’une antenne.

Comment se passe l’intégration des Maliens en France ?

C’est à double-facette. Il y a une barrière du côté de l’administration française. Ce n’est pas facile d’obtenir des papiers. D’un autre côté, il y a des compatriotes à qui je reproche de ne pas aller vers la culture française. Un Australien qui vit au Mali, par exemple, est obligé de s’intéresser à la culture malienne. Je vais vers mes compatriotes maliens à travers l’association pour les inciter à s’intéresser à la culture et à la langue françaises. Ce qui est très important pour une bonne intégration.

Quelles sont les difficultés auxquelles nos compatriotes sont confrontés ?

A ce sujet, je vais commencer par interpeller l’ambassade et le consulat du Mali en France.  Ils ont l’air de ne pas se préoccuper des Maliens. Pour un acte administratif, si minime soit-il, il n’est pas rare de passer 4 à 5 heures, voire 2 jours dans l’administration malienne, là où les français ne prennent que 15 minutes. Souvent, on peut perdre toute une journée entière de travail pour avoir un petit papier. L’ambassade du Mali en France ressemble à un marché. Honnêtement, on est beaucoup plus respecté du côté français que du côté malien en France.

Autres difficultés ?

Il y a  des difficultés en France. Ce n’est pas comme chez nous. Dans les pays francophones, il faut avoir les papiers pour s’intégrer. Au niveau de l’administration française, il y a beaucoup de difficultés d’obtention du papier. Nos compatriotes sont confrontés à ce problème. Il y a aussi la barrière de la culture. C’est essentiellement cette barrière qui empêche l’intégration. Pour avoir les papiers en règle, certains maliens passent banalement 10 ans ou plus. Ce qui constitue une difficulté à s’intégrer. Ce n’est pas comme aux USA où on peut travailler et faire pas mal de choses sans papiers.  En France ce n’est pas le cas.

Est-ce que votre association entreprend des actions dans ce sens là ?

Oui, on aide les compatriotes dans les démarches administratives. En France maintenant, les autorités demandent à nos compatriotes de parler le français pour avoir les papiers. Je les aide dans les mairies à faire les démarches, dans les préfectures et dans d’autres démarches administratives.

Il faut que les autres s’associent à nous pour qu’on s’en sorte. En plus, on avait commis un avocat très célèbre en France pour nous aider à épauler nos compatriotes dans les démarches administratives. Je voudrais que ceux qui ont les papiers aident les autres à les obtenir. Avant, c’était chacun pour soi. Ce n’était pas intéressant.

Malgré les difficultés, les Maliens vivant à l’étranger contribuent beaucoup au développement du pays.

Selon vous, que faut-il pour rentabiliser cette manne financière ? 

C’est une très bonne chose. Nous sommes peut-être la seule communauté à le faire, c’est-à-dire une des rares communautés à penser au pays. Par exemple, chaque malien qui vit en France tente d’aider ses parents sur place tant bien que mal. Pour moi, il y a une rentabilité, si par exemple on envoie 100 euros à la famille, cela lui permet de subvenir à ses besoins. Ce qui n’est pas très bien vu en France, notamment par l’administration française. D’après mes calculs, il me semble que l’équivalent de 5 millions d’euros sort chaque année mais notre pays d’accueil n’aime pas ça.

Dans les pays scandinaves, si on envoie plusieurs fois de l’argent dans son pays, les autorités demandent « pourquoi ne pas dépenser cet argent dans leur pays ? ». Il faut dire tout simplement qu’on n’a pas la même culture. Je veux que les gens continuent à envoyer de l’argent mais que le gouvernement sur place ici fasse son travail. C’est important. Quand on quitte la France pour venir au pays, on est très content dès l’atterrissage de l’avion. Mais en rentrant dans la ville, on est déçu et on se rend compte que le gouvernement ne fait pas son travail dans beaucoup de domaines, notamment les infrastructures. Dans beaucoup de quartiers, il n’y a même pas de canalisation, les routes sont très étroites. On n’a pas de route, pas d’infrastructures, pas d’hôpitaux. Ce à quoi on assiste, ce sont les dirigeants maliens qui se lèvent pour aller se faire soigner en France. Ils oublient que ce sont les français qui ont travaillé pour construire leurs hôpitaux. Pourquoi ne pas faire des hôpitaux de valeur chez nous et permettre à tout le monde d’en profiter, riches et pauvres. C’est un combat que je compte mener dans un futur proche.

Sur quel plan ?

Sur le plan politique et associatif. Nos dirigeants dépensent des millions en Europe pour aller se faire soigner avec leurs familles car les hôpitaux sont confortables en France. Je ne vais pas citer de noms. Il y a juste 3 jours, je suis passé devant l’hôpital Gabriel Touré, cet hôpital n’est même pas digne d’être une porcherie en France. Pourquoi ne pas le transformer en un hôpital de luxe comme en France ?

Vous avez parlé des difficultés au niveau de l’administration française. Quelle appréciation faites-vous de la politique migratoire du nouveau gouvernement français ?

Je pense qu’il va continuer sur la même politique qui était en place avant. Cela veut dire que la balle est dans notre camp. Il y a des gens qui vont rester dans leur pays d’origine. Je ne dirais pas que tout le monde va rester parce que l’immigration est inévitable. Mais il faut qu’on fasse le minimum chez nous.  Il ne faut pas attendre que la France vienne faire tout. Depuis 1960, les pays africains sont à la traîne sur le plan du développement. Ce qui est aberrant. Qui va nous développer, si ce n’est pas nous-mêmes ?

Ce que font nos dirigeants en Europe est décevant. Comment un malien peut se donner le luxe, étant un dirigeant d’un pays aussi pauvre, d’aller acheter une maison en Europe, une maison qui n’héberge personne.

Quant à moi, c’est par nécessité que je vis à l’étranger sinon j’aime mon pays plus que tout. Si j’étais issu d’une famille riche, je n’aurais pas quitté mon pays.

Ces derniers temps, on a constaté que les Maliens s’intéressent de plus en plus aux questions relatives à la vie de la nation.

Nous avons une autre vision du pays, différente de celle de ceux qui y vivent. Je ne dirais pas qu’on est plus patriote que les autres. Quand on est loin du pays, on a un certain sentiment qui est inexplicable. Par exemple, moi j’ai pleuré le jour où les villes de Gao et Tombouctou sont tombées en 2012. Je connais pas mal de maliens qui pleuraient. Malgré tous ces problèmes, toutes les difficultés que le Mali traverse, on ne cherche pas à faire des centres de santé, à améliorer l’éducation des enfants mais plutôt à réviser la Constitution. A quoi cela sert ? En tout cas, moi personnellement je suis contre ce projet de révision constitutionnelle. Ce n’est pas le moment. Il y aura une révision mais ça doit émaner d’une volonté collective, pas de cette manière.

Ce projet peut attendre plus tard. Une grande partie du pays est occupée. Je suis là depuis au moins trois semaines, j’ai vu qu’il y a eu pas mal d’attaques même pendant mon séjour. Je pense que cette idée de révision constitutionnelle ne va pas développer le Mali.

En décembre 2016, la signature d’un prétendu accord de réadmission entre le Mali et l’Union Européenne a suscité des remous au sein de la diaspora malienne en France. Quel est votre point de vue sur cette question ?

J’ai appris l’information. Honnêtement, je ne connais pas le contenu de cet accord. On n’a pas accès aux évènements à Bamako. En captant l’ORTM, on n’a aucune information sur la question. On apprend souvent beaucoup d’informations à travers les télés étrangères ou en appelant nos parents journalistes au Mali pour s’informer. Sinon l’ORTM nous informe très mal. C’est ce qui fait qu’on n’est pas très au fait de l’évolution des choses.

Un mot pour conclure

Pour conclure, en tant que malien expatrié, mon rève est qu’il y ait des changements profonds à tous les niveaux au Mali. Le Mali mérite un autre sort que ce qu’il vit maintenant. Il faut des changements profonds au niveau de l’administration, de l’armée, bref de toutes les sphères de développement du pays. C’est mon rêve. Qu’on n’aille pas quémander partout. C’est un pays très riche mais je ne sais pas où vont les richesses.

Propos recueillis par Chiaka Doumbia et Bourama Camara

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