Ibrahim Boubacar Kéita dans une interview sur l’ORTM : « Je vais encore appeler chacun à la raison…! »

Dans une interview accordée à nos confrères de l’Office de la Radio diffusion Télévision du Mali (ORTM), le 8 août 2017, le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), n’a pas caché sa volonté de restaurer la paix dans notre pays en jouant la carte d’apaisement. Mais pour autant, il se montre intransigeant sur toute tentative visant à créer le désordre dans le pays.

C’est un IBK au langage ferme qui s’est prêté aux questions de notre confrère Sidiki Dembélé, Rédacteur en Chef de l’ORTM. Dans sa quête de la paix, le Président de la République a confié : « Le devoir de l’Etat est de garantir tous les droits des citoyens de la République, y compris le droit de vote. C’est le devoir de l’Etat républicain. Je le dis très clairement : nul ne peut s’opposer à l’exercice de ce droit sans violer la loi. Dès lors, je vais encore appeler chacun à la raison, chacun à savoir garder raison et faire en sorte que notre vivre-ensemble, notre devoir aujourd’hui d’être ensemble au chevet du Mali se confirme, se poursuive dans le seul but de faire en sorte que ce pays gagne en paix. Cette paix est et doit être l’objet essentiel ».

Pour IBK, toutes les voies, tous les chemins qui peuvent conduire à la paix sont explorés dans une démocratie. « Les consultations auxquelles je me consacre en ce moment sont de l’ordre de convenance qu’en cas de besoin, le chef de l’Etat rencontre telle ou telle catégorie sociale, telle ou telle catégorie de citoyens, rien que de plus normal dans une démocratie. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré les institutions de la République et les partis politiques », a-t-il précisé.

Le droit doit être l’unique référence

Selon IBK, après l’avis de la Cour constitutionnelle, il était logique d’attendre que l’ensemble de la nation accepte cette décision et s’y plie conformément aux exigences d’un Etat de droit. « A notre grande surprise, il semble que certains de nos concitoyens veuillent remettre en cause cette décision, ou en tout cas, la refusent en estimant que le débat est clos, qu’il s’agit purement et simplement, ici et maintenant, d’abandonner ce projet de révision constitutionnelle pour différentes raisons évoquées. Il y a également des contre-arguments. Tout cela est respectable et respecté, sauf que dans un Etat de droit, le droit doit être l’unique référence… Nul ne peut aujourd’hui dire qu’il s’oppose à ce que le peuple malien exerce son droit de vote. Or dire aujourd’hui qu’il n’y aura pas de révision constitutionnelle, n’est pas républicain. Cela est anti-national, en tout cas contraire au droit ».

Le Président de la République estime également que cette révision constitutionnelle participe à la recherche de paix dans notre pays. « Il faut le dire, c’est bien évidemment dans la suite de l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali que cette révision est envisagée. Et si nous n’y allions pas, nous pourrions donner argument à beaucoup d’autres, pas seulement à certains de nos frères, de penser que nous sommes en train de revoir notre engagement pour faire la paix et cela ne serait pas très heureux ».

Ibrahim Boubacar Kéita a aussi ajouté : « Chacun sait que la question de la révision constitutionnelle au Mali est récurrente. C’est la troisième tentative. Les deux premières fois, il y a eu surtout le souci essentiel de conformation avec la gouvernance institutionnelle souhaitée au sein de l’UEMOA en ce qui concerne la création d’une Cour des comptes, laquelle création ne peut se faire que par voie référendaire. Nous avons également fait le constat qu’au sortir de l’Accord pour la paix et la réconciliation, il y a des attentes au plan institutionnel, notamment comment faire en sorte que certaines catégories et couches sociales puissent être dans la décision nationale, couches et catégories dont le concours s’est avéré utile dans la médiation intercommunautaire. C’est le cas des légitimités traditionnelles (chefferies et autres) que nous avons dû solliciter. Pour beaucoup, cela devrait se faire dans le cadre d’un quota que le chef de l’Etat pourrait gérer à hauteur de souhait et avec des critères d’accord-parties pour que les personnalités en question soient les plus représentatives possibles. Et également aussi voir certaines choses qui, au cours de l’application de la Constitution de 92, se sont avérées difficiles ou impossibles ».

Carton rouge à ceux qui s’en prennent à la France

Le Chef de l’Etat met en garde ceux qui menacent les intérêts stratégiques du Mali avec les pays amis comme la France. « Dans la chaleur des tensions actuelles, j’entends également des bruits assez inquiétants. Des bruits assez inquiétants qui tendent à mettre en cause les pays alliés, notamment ceux qui furent à nos côtés quand le pays était en danger, quand la survie du pays était en cause. Qu’aujourd’hui, on en vienne à manifester bruyamment contre un pays ami dans des termes inamicaux, n’est pas conforme à la tradition malienne. Ce n’est pas conforme à nos valeurs et civilisations. Nous ne tolérons pas ce genre de comportement. Je dis aussi qu’il faut savoir quels sont les intérêts stratégiques du Mali aujourd’hui et demain dans un temps où ce pays ami est fortement engagé à nos côtés dans la mise en place de la Force du G5 Sahel dans les conditions qui ne sont pas données à tout le monde…La France est un pays ami qui doit être traité comme tel et nous y veillerons »., a-t-il prévenu.

Le Président Kéïta joue la carte de l’apaisement et tend sa main à ses compatriotes qui n’ont pas encore bien compris sa démarche visant à redonner au Mali ses lettres de noblesses. Il est bien dans son rôle de garant de l’unité nationale et de la cohésion sociale.

Ousmane Ballo

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