Litige foncier en Commune I de Bamako : La mairie et les jeunes de Boulkassoumbougou à couteaux tirés

Depuis plus de 6  mois, la tension est vive entre la Mairie de la Commune I du District de Bamako et les jeunes de Boulkassoumbougou. Pour cause, la Mairie a accordé au Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM) l’autorisation de réaliser un complexe-cinéma sur l’espace public dénommé « Bani Transport », transformé en terrain de football par les jeunes du quartier.

L’affaire remonte au mois de décembre 2016. Dans une lettre adressée au maire de la Commune I, le 20 décembre 2016, le Directeur Général du CNCM, Moussa Ouane, s’exprime en ces termes : « Monsieur le Maire, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM) a bénéficié, dans le cadre de son budget 2017, d’un crédit pour la construction d’un complexe culturel intégré pour la diffusion cinématographique, la promotion artistique, les animations multiples (cinéma, théâtre, danse, espace multimédia, magasins de shopping, restaurant, salle de concert, etc.). Le CNCM, ne disposant pas d’espace pour entreprendre cette activité, sollicite auprès de vous la mise à disposition d’une parcelle pour la construction de ce complexe culturel ».

Après la mise à la disposition de l’espace public communément appelé : ‘’L’espace Bani Transport’’ par la Mairie, le Gouverneur du District, Aminata Kane, dans une lettre adressée au maire, évoque une violation des textes et invite le maire à se ressaisir. « Monsieur le Maire de la Commune I, l’une de vos délibérations relatives à la mise à disposition, par vos services, d’une parcelle au Centre National de la Cinématographie du Mali, m’est parvenue pour approbation, quand bien même je vous avais instruit par la lettre n°089/GDB-CAB en date du 07 février 2017 de reporter votre mise à la disposition au motif qu’elle était contraire aux textes en vigueur. Je vous invite à retirer ce chapitre de votre délibération ».

Informé de la situation, l’un des députés de la Commune I, l’honorable, Abdoul Kassoum Touré, a signifié, le 2 mai 2017, au maire « l’existence de la Medersa ‘’El Faroukh’’, un terrain de football occupé par les jeunes du quartier. Et toute coexistence avec un centre culturel risque de créer, à l’avenir, des problèmes sociaux graves auxquels nous serons appelés à faire face ».

La complicité du chef de quartier

En plus de la Mairie, le chef de quartier de Boulkassoumbougou, Zoumana Magassa, a donné son aval pour la mise à la disposition de l’espace au CNCM dans une lettre adressée au maire de la Commune I, le 26 décembre 2016. «Depuis le 3 décembre 2016, le conseil du quartier, réuni sur ma convocation, a approuvé la proposition et a immédiatement présenté au CNCM et à son chargé des travaux, une parcelle sur l’espace public dont une partie abrite déjà la Medersa ‘’El Faroukh’’ dans le secteur de Sokoura », peut-on lire dans ladite lettre.

Face à la révolte de la jeunesse, le chef de quartier et ses conseillers se trouvent aujourd’hui en déphasage avec la Mairie. Certains sont même prêts à soutenir les jeunes pour interdire toute réalisation de travaux sur ledit espace.

La détermination de la jeunesse

Ce projet ne semble pas être le bienvenu à Boulkassoumbougou. Les jeunes ont montré leur détermination à tout mettre en œuvre pour empêcher la construction de ce complexe-cinéma sur leur terrain de foot. Pourtant, malgré cette situation tendue, le CNCM avait décidé de faire le lancement de l’édition 2017 du Ciné-réalité, ce 4 août 2017, sur le même espace public et sous la  présidence du ministre de la Culture, N’Diaye Ramatoulaye Diallo.

«Sous la présidence de Madame le ministre de la culture, le Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM), en collaboration avec les autorités communales et coutumières de la Commune I, organise le lancement de Ciné-réalité, Edition 2017, le vendredi 04 août 2017 à partir de 18 heures, sur l’espace public ‘’Bani Transport’’ (site du futur complexe-Cinéma), près du marché de Boulkassoumbougou». Voilà le contenu de l’invitation qui a été adressée à Mme le ministre de la Culture.

Face à la détermination des jeunes du quartier, le lancement de l’évènement n’a pu avoir lieu. Plusieurs jeunes avaient contraint les organisateurs à plier bagages. Toutes les installations ont été défaites. Les invités qui attendaient le ministre de la Culture, ont dû se sauver. Informée par son protocole déjà en place, Mme le ministre a vite rebroussé chemin.   Dans une pétition, les jeunes de Boulkassoumbougou précisent que ledit espace constitue le poumon du quartier. « Cet espace, réservé au domaine public, est l’un des poumons de notre quartier et toute violation d’un tel espace, conduirait à une dangereuse dégradation de notre environnement humain », peut-on lire dans la pétition.  Aujourd’hui, ces jeunes se disent déterminés à protéger avec tous les moyens, l’espace qui constitue depuis des années leur terrain de football. « On ne veut voir, ni le ministre de la Culture, ni la Mairie, encore moins le Centre National de la Cinématographie du Mali sur cet espace. C’est notre terrain de foot et personne ne va construire quoi que ce soit ici », a déclaré un jeune dans la foulée.

A suivre

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