Moussa Touré, Directeur de l’API : « Les premiers arrivés seront les mieux servis »

Il a lâché la proie pour l’ombre, le pactole facile d’une multinationale pour un poste dans l’administration au Mali. Une forme d’engagement pour son pays et parce que, pour Moussa Touré, l’esprit pionnier est plus présent dans le Sahel que chez les Yankees.

«Les premiers arrivés seront les mieux servis.» C’est en substance ce que promet le Directeur de l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali). Au moment où son pays fait encore face à une crise sécuritaire grave, alors que le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta traverse une crise d’impopularité sans précédent, Moussa Touré veut convaincre les investisseurs de tenter leur chance au Mali. Avancer à contre-courant n’est pas un problème pour lui. En 2015, il était Directeur régional pour l’Afrique centrale chez « Coca-Cola ». Basé au Cameroun, il est sacré employé modèle « Values champion ». De passage au Mali avec sa femme et ses quatre enfants, il découvre dans le journal l’Essor une annonce pour un poste de Directeur dans l’administration. Etrange, ce genre de poste se refile d’habitude entre collègues. Il faut dire que le précédent Directeur de l’API est parti avec la caisse (3 milliards de Francs CFA, l’équivalent de 4,5 millions d’euros).

La révolution industrielle n’a pas eu lieu au Mali

« C’est la première fois que l’Etat faisait appel aux candidatures de cette manière». L’initiative vient du Ministre chargé de la promotion des Investissements de l’époque, Moustapha Ben Barka, aujourd’hui Secrétaire général adjoint à la Présidence de la République. Moussa Touré dépose sa candidature et s’envole pour Bamako. Oublié le gros salaire, les notes de frais, l’assurance-vie, les séminaires à Atlanta. Il décide de servir son pays et quitte Coca-Cola, dont le chiffre d’affaires est presque quatre fois plus élevé que le PIB du Mali. Aujourd’hui, il a mobilisé son équipe sur le Forum international des investissements au Mali qui se tiendra les 7 et 8 décembre 2017 à Bamako. Deux jours de rencontre, de conférence et de rendez-vous d’affaires entre investisseurs privés. De passage à Paris, il fait la tournée des boîtes. Il encourage les grandes firmes agricoles à venir investir dans la mécanisation, qui décuplerait la production. Aux sociétés de l’industrie textile, il explique que la révolution industrielle n’a pas eu lieu au Mali. Deuxième producteur de coton d’Afrique, il n’existe toujours pas d’usine de transformation pour produire du fil sur place. La question souvent posée des défaillances énergétiques, avec les coupures de courant, trouve aujourd’hui des réponses grâce à l’implantation de centrales solaires sur les sites de production.

Si on lui demande de citer un seul projet, il répond du tac au tac : « la sucrerie de Markala cherche repreneur, sa production assure 50% du besoin national ». Et il se réjouit que son pays ait enfin voté une loi, instituant les partenariats publics-privés qui permettent à l’Etat de faire financer par le privé des infrastructures. Si on lui parle de la Côte d’Ivoire qui attire tous les regards, il répond calmement que «ce n’est plus un El Dorado parce que les places sont prises.» A ceux qui viendraient au Mali, il promet la « prime au pionnier ». Quand on lui parle du nord du Mali et des accords d’Alger, il sèche. Le potentiel énergétique est prometteur (surtout en or, en bauxite et en gaz), mais la situation y est encore trop incertaine. Difficile de savoir encore aujourd’hui à qui profiteraient les richesses hypothétiques encore inexploitées. Mais le pays est grand, plus de deux fois la France et les opportunités nombreuses. Malgré les obstacles, les investissements sont en hausse. De 132 milliards de Francs CFA en 2015, l’API en annonce 178 pour 2016. Pas question d’aide au développement, des investissements purs et durs. Le nombre de créations d’entreprises est aussi en augmentation au Mali, de 7877 en 2015 à 9337 en 2016. Le signe que malgré la persistance de poches d’insécurité, la réussite est possible, même si elle est moins spectaculaire.

François de Labarre

Source : Paris Match

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