Protection des défenseurs des droits humains au Mali : Front Line Defenders et ses partenaires plaident pour l’adoption d’une loi

Front Line Defenders a lancé le 6 octobre, la campagne « Soutenons les droits humains, soutenons les défenseurs des droits humains » avec la participation du Service international pour les droits de l’homme (ISHR), l’Association Femmes Leadership et Développement Durable (AFLED), la Coordination Malienne des Défenseurs des Droits Humains (Comaddh) et le Réseau des défenseurs des droits humains (RDDH).

C’était au cours d’une conférence de presse tenue à la Maison de la Presse avec comme animateurs principaux, Olivia Tchamba, coordinatrice de la protection pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre à Front Line Defenders, Tierno Amadou de la Comaddh, Mody Samba de la coordination nationale des victimes des crises au Mali, Mme Dramé Mariam Diallo, Présidente de l’AFLED et la bloggeuse Fatouma Haber. Selon Olivia Tchamba, cette conférence de presse a pour but de lancer officiellement la campagne « Soutenons les droits humains, soutenons les défenseurs des droits humains », destinée à appuyer l’adoption du projet de loi sur la protection des défenseurs des droits humains et de construire un soutien populaire pour sa mise en œuvre. A en croire la coordinatrice de la protection pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de Front Line Defenders, les défenseurs des droits humains sont des personnes qui jouent un rôle crucial dans la société au sein de laquelle ils sont exposés à plusieurs dangers. « Leur rôle est important au sein de la société », a-t-elle souligné. Olivia Tchamba a énuméré une série de dangers pesant sur les DDR dans leur exercice de leurs activités sur le terrain. Il s’agit, entre autres, de l’intimidation, du harcèlement, de la menace de mort, des attaques physiques, des emprisonnements sur la base des accusations infondées, etc. Pour Olivia Tchamba, « il est important de s’assurer que ceux qui dédient leur vie à la défense des droits humains, doivent bénéficier d’une certaine protection ».

Une nécessité de protéger les défenseurs des droits humains

Au nom de la Coordination malienne des défenseurs des droits humains (Comaddh), Thierno Amadou a salué l’initiative de cette campagne qui répond parfaitement aux attentes. De l’avis de Thierno Amadou, l’initiative de l’élaboration d’une telle loi est venue des organisations de la société civile malienne qui ont pris conscience des risques pesant sur les défenseurs des droits humains dans l’exercice de leurs activités. «Cette loi sera opportune pour l’ensemble des DDH », a-t-il fait savoir.

Pour un meilleur plaidoyer, la société civile a construit son argumentaire sur sept points. Selon lui, cette loi, une fois adoptée et appliquée va, entre autres, contribuer à améliorer l’environnement des droits humains, à rehausser l’image du Mali sur la scène internationale, à faire du Mali une nation de droit et reconnaître le rôle et l’importance des DDH dans la société. Pour sa part, Mme Dramé Mariam Diallo, Présidente de l’Association Femmes Leadership et Développement Durable (AFLED), a beaucoup insisté sur la vulnérabilité des femmes défenseurs des droits de l’homme. «C’est assez difficile pour une femme d’être militante des droits de l’homme», a souligné Mme Dramé Mariam Diallo qui milite pour une prise en compte dans la nouvelle loi des dispositions spécifiques pour les femmes défenseurs des droits humains (FDDH), qui sont souvent plus exposées au danger que leurs homologues hommes et souffrent des menaces liées au genre.

Mody Samba Touré a déclaré qu’il  ne peut pas rester en marge  du soutien à cette loi qui protège les défenseurs des droits de l’homme. Selon lui, ceux-ci ne sont pas protégés et sont exposés à tous les dangers. Ce syndicaliste et défenseur des droits humains est un exemple vivant de la fragilité de la situation des DDH. En mai 2014, il a été pris pour cible lors de l’attaque du gouvernorat de Kidal dans la foulée de la visite du Premier ministre Moussa Mara. Travaillant à documenter les différents cas de violation des droits de l’homme à Kidal notamment les exécutions sommaires, il a reçu plusieurs des balles et est devenu handicapé à vie. En plus de son propre cas, Mody Samba Touré a évoqué la situation d’Abdoulaye Touré, un défenseur des droits humains dont la maison a été incendiée à cause de son activisme. La célèbre bloggeuse de Tombouctou, Fatouma Haber, a souligné que la défense des droits de l’homme est un travail dangereux. « Être défenseur des droits de l’homme n’est pas bien compris. Il faut être coriace et déterminé….Un défenseur des droits humains est toujours en danger », a-t-elle expliqué en ajoutant que cette campagne va permettre à la communauté de mieux comprendre le rôle des défenseurs des droits humains.

Dans un communiqué de presse dont copie a été remise aux journalistes, Clément N. Voule, directeur du Plaidoyer sur l’Afrique du Service International pour les Droits de l’homme, interpelle les parlementaires et les autorités gouvernementales. « Il est important que le parlement veille à ce que cet instrument de protection des défenseurs des droits humains soit conforme à la déclaration des Nations-Unies sur les défenseurs des droits humains du 9 décembre 1998, prenne en compte les besoins de protection spécifiques des femmes défenseurs des droits humains et mette en place un mécanisme de protection efficace. Ce dernier devrait avoir le soutien politique des autorités et bénéficier des ressources nécessaires pour son fonctionnement », a-t-il affirmé. Plusieurs activités sont prévues au cours de cette campagne.

Chiaka Doumbia

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *