Infirmière pour le CICR depuis plus de 5 ans à Gao, au nord du Mali, Fadimata Zahara Cissé, affectueusement appelée Azahara, s’est retrouvée à l’avant-garde de la réponse chirurgicale à l’hôpital de Gao.azahara-cisse-02
Forte de plusieurs années d’expérience au sein d’organisations humanitaires, Azahara rejoint l’équipe médicale du CICR à l’hôpital de Gao en 2010. Ces dernières années, les habitants de la région ont connu des moments extrêmement difficiles provoqués par le conflit armé. A l’hôpital de Gao, elle s’est souvent retrouvée en première ligne de la réponse à l’urgence. « En 2012, nous recevions par moment des dizaines et des dizaines de blessés, la plupart avec des traumatismes par balle et certains par amputation », se souvient-elle le visage fermé. « Mais, grâce à la qualité du plateau technique de l’hôpital, totalement rénové par le CICR, nous avons pu soigner des cas qui semblaient désespérés » se félicite cette trentenaire, originaire de la région de Tombouctou.
« L’hôpital s’est parfois retrouvé à la limite de ses capacités. Très souvent, nous avons dû travailler jour et nuit pour soigner les patients qui devaient urgemment être pris en charge. Ce fut encore le cas lors des événements de mai 2014 à Kidal ou des affrontements entre groupes armés à Tabankort, à Ménaka ou à Anefis en 2015. Les blessés arrivaient de toutes parts, chacun nécessitant notre attention soutenue ».
Parmi les souvenirs qui hantent encore Azahara, figurent ces personnes amputées par des hommes armés en 2012, accusées d’avoir violé la loi. « Le bloc opératoire étant le service d’accueil des blessures graves, nous étions en première ligne, directement en contact avec ces patients dont certains arrivaient avec un membre fraîchement coupé ». Malgré l’adversité et la dureté de cette réalité, sa forte personnalité et son courage lui permettront de garder le sang-froid et de faire son travail avec professionnalisme.
Azahara n’est cependant pas insensible à la violence. Elle a vécu des moments très difficiles, pendant lesquels elle a craint pour sa vie. Comme ce jour où des manifestants ont failli forcer les portes de l’hôpital pour s’en prendre à des blessés qu’ils accusaient d’appartenir au camp adverse. « Le CICR soigne tous les blessés, en fonction de la gravité de leur état, sans tenir compte de leur appartenance à tel ou tel groupe. Une telle démarche peut être difficile à comprendre, alors qu’elle est à la base de notre action humanitaire. En entendant les cris, nous avons eu très peur pour nos patients et pour l’équipe soignante. Heureusement, nous avons tous eu de la chance : les manifestants ont fini par changer d’avis et partir ».
Bien qu’ayant appris à surmonter avec beaucoup de courage certains moments douloureux à Gao, Azahara reste bouleversée par l’attaque du 30 mars dernier. Elle a coûté la vie à Hamadoun, son collègue de Gao et chauffeur du camion CICR visé. « Je continue à avoir la chair de poule chaque fois que j’y pense, comme si c’était arrivé hier », affirme-t-elle, envahie par l’émotion. « Je n’en reviens pas, je n’en reviens toujours pas… ». Les proches d’Azahara lui ont demandé à plusieurs reprises d’arrêter de travailler pour le CICR, dont les activités sont essentiellement concentrées dans les zones de conflit, jugées dangereuses. Mais elle ne s’est pas laissé convaincre. « Je puise mon engagement et ma motivation dans le sourire des nombreux rescapés du conflit. Ceux-là même que nous recevons au bloc opératoire, parfois dans un état désespéré et que nous retrouvons ici ou ailleurs, quelques semaines ou quelques mois plus tard en bonne santé et avec le sourire. Ce sourire sincère, symbole de leur reconnaissance, est ce qui me donne le courage et la force de continuer à travailler, malgré les conditions de sécurité parfois très difficiles ».
Source : CICR

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