Affrontement meurtrier à Kidal Un coup de poignard administré au processus de paix

Les armes ont crépité à Kidal pour le contrôle de la ville. Si aucune des parties n’a communiqué sur le bilan, cet affrontement, aux relents de règlement de compte, aurait fait plusieurs victimes de part et d’autre.

C’est désormais le grand désamour entre la coordination des mouvements de l’azawad et le Gatia. Ce qui était craint depuis l’entrée fracassante du Général Gamou à Kidal le 02 février dernier, est arrivé dans la ville rebelle de Kidal. Des combats violents avec utilisation d’armes lourdes ont éclaté, le jeudi 21 juillet dans l’après-midi, à Kidal entre les deux groupes armés qui contrôlent la ville, faisant ainsi voler en éclat le fameux accord d’Anefis signé en octobre 2015 (sans un représentant du gouvernement) qui avait mis un terme aux hostilités entre les deux forces et qui prévoyait une gestion consensuelle de la ville de Kidal.

Pour l’heure, la CMA et le Gatia se rejettent la responsabilité de cette escalade qui enterre l’accord d’Anefis.

Dans un communiqué, la CMA accuse le Gatia de violation du cessez-le-feu qui selon elle, a délibérément ouvert le feu sur ses positions dans la ville de Kidal. Les mouvements de la Plateforme, quant à eux, expriment être surpris du fait que malgré les différents cessez-le-feu et les nombreux engagements repris par l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, les arrangements sécuritaires d’Anefis et ceux plus récents de Kidal le 06 février 2016 et la déclaration de Niamey du 17 juillet dernier, la CMA a ouvert gratuitement le feu sur les éléments de la Plateforme qui rentraient paisiblement chez eux à Kidal, imposant ainsi un combat meurtrier dont le bilan non défini pèserait lourd déjà.

L’Etat du Mali et ses partenaires qui ont le souci de la préservation de l’Accord, ont demandé l’arrêt immédiat des hostilités. « Le Gouvernement de la République du Mali considère que la situation créée par ces affrontements constitue une menace grave pour la mise en œuvre de l’Accord, notamment pour la mise en place rapide des autorités intérimaires qui contribueront à la normalisation et à la sécurisation des populations dans les zones concernées.

En conséquence, le Gouvernement de la République du Mali demande aux belligérants de faire preuve de retenue et d’arrêter les hostilités dans

l’intérêt supérieur des populations. Le Gouvernement de la République du Mali appelle au calme et à la poursuite du dialogue », peut-on lire dans le communiqué du gouvernement.

Pour sa part, la mission onusienne condamne fermement ces affrontements qui constituent une violation du cessez-le-feu et appelle les responsables de ces confrontations à mettre fin immédiatement aux hostilités et à tenir leurs engagements, conformément à tous les accords qu’ils ont signés. Affirmant avoir pris des dispositions pour assurer la protection de la population civile et la défense de son mandat, la Minusma a averti qu’elle utilisera tous les moyens nécessaires à cette fin, conformément à la résolution 2295 du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Cet affrontement qui était prévisible et qui démontre combien le contrôle de Kidal est capital et crucial pour les uns et les autres, aura sans nul doute, de lourdes conséquences pour le fonctionnement des organes de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et au-delà, le retour de la stabilité au Mali. La confiance reviendra-t-elle entre les deux groupes armés dont les leaders, Bilal Ag Cherif et El Hadj Gamou, se vouent une haine viscérale ? Difficile de l’affirmer. De toute évidence, la situation à Kidal est une menace pour l’Accord.

En attendant, la balle est dans le camp du gouvernement et la communauté internationale notamment la Minusma et la France qui doivent tout mettre en œuvre pour non seulement faire taire les armes, mais aussi et surtout ramener les belligérants dans le giron du processus de paix.

Daouda T. Konaté

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