Afrik’ actu : Quand la tenue de la « Conférence d’entente nationale » au Mali devient une obsession de la médiation internationale

Le lundi 27 mars,  s’est  solennellement ouverte  la « Conférence d’entente nationale » au Mali. Dans l’esprit des organisateurs – Gouvernement malien et médiation internationale – ce forum  devrait permettre aux  fils et filles du pays de se réunir autour d’une  même  table  pour  le parachèvement du  processus de paix. Notamment, permettre l’instauration d’un « débat approfondi et inclusif entre toutes les composantes de la nation malienne », sur les causes de la crise multidimensionnelle  qui secoue  notre pays depuis 2012.  En somme, pour permettre  aux maliens de revivre ensemble sur l’entièreté du territoire national.

Si le but recherché, à savoir élaborer une Charte de réconciliation nationale, est unanimement partagé par l’opposition démocratique parlementaire et extra parlementaire (mais aussi  par l’ensemble de la Société civile), en revanche cette dernière a quasiment boudé le début des travaux. Des absences  qu’elles motivent par le refus des organisateurs « d’élargir les débats sur la gouvernance, la corruption et les problèmes d’insécurité au Centre du pays mais aussi par l’impréparation du forum. Des conditions qui illustrent  évidemment le  climat d’incompréhension totale entre les acteurs clefs de la nation. Ce  qui suscite d’énormes inquiétudes et interrogations quant à la réussite finale.

Or, malgré cette criarde réalité du terrain, la médiation internationale,  très obstinée par la tenue de cette  « Conférence d’entente nationale pour le parachèvement du processus de paix d’Alger », se félicite et se frotte les mains.  Car dans sa logique, elle pourrait enfin, même si l’effet recherché n’est pas atteint, se vanter d’avoir réussi son pari voire son obstination à réunir pouvoir et groupes armés au pire des cas.  Mais comment  peut-on ainsi se féliciter  mordicus  de la bonne tenue d’un  tel forum, à l’origine  censé réunir l’ensemble des fils et filles d’une nation,  si une bonne frange de la population n’est pas partante et lorsque les débats de fond sur la gouvernance et la corruption ne sont pas de mise ? De même,  comment parvenir à la signature d’une « charte de la paix et de réconciliation » au Mali, si les questions d’insécurité au Centre du pays ne sont pas traitées ?

Il est certes évident que sans la participation de l’opposition démocratique, cette « conférence d’entente nationale » perdra  tout son sens  inclusif. Elle perdra aussi  toutes les chances de traiter les questions de corruption et de gouvernance à l’échelle nationale. De même que le forum  aura manqué de rechercher  les voies et moyens qui permettraient de  faire face à l’insécurité grandissante et récurrente  au centre du Mali.  Ce qui ne chagrine point la médiation internationale, au-delà, la communauté internationale dont l’objectif essentiel était  de réussir  sa tenue, rien que sa tenue !

Mais un petit bémol à la non-participation de l’opposition ! À l’avant-dernier jour de la rencontre, son Chef de file, Soumaila Cissé, a tout de même rejoint le train en marche  pour simplement  annoncer qu’un accord de dernière  ait lieu entre son camp et l’organisation de  la « conférence d’entente nationale ». Dont les termes sont, entre autres :  l’organisation d’une conférence spéciale inclusive sur la paix et la stabilité au centre du Mali; l’organisation d’états généraux sur la défense et la sécurité nationale; l’organisation d’états généraux sur le foncier; l’adoption d’une charte pour la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption ; l’adoption, après la rédaction de la charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale, des réformes institutionnelles ainsi que de la révision constitutionnelle; l’adoption urgente de mesures consensuelles pour l’organisation d’élections crédibles et transparentes etc. Pourvu  que cette prolongation permettre enfin  de prendre en compte les  préoccupations de tous les fils de la nation. Ce,  pour l’aboutissement d’une véritable paix et réconciliation  au Mali!

Gaoussou Madani Traoré

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