Afrik’ actu : Quand les mouvements armés règnent en maîtres absolus au nord du Mali

Depuis 1990, le  nord du Mali  n’a cessé d’être   le théâtre de  rebellions  armées d’obédience touarègue  ou arabe.  De 1990  à 1996, des conflits armés ont  fréquemment lieu  entre l’Etat et  ces mouvements armés. Ils prirent  théoriquement tous fin avec la  signature d’accords de paix et de réconciliation. Les accords de Tamanrasset  sont signés le 6 janvier 1991, en Algérie, par l’Etat malien et  le  Mouvement Populaire de l’Azawad. Mais un désaccord, dû à des interprétations divergentes  « sur le statut particulier du nord »   relance  les hostilités. Tout de même, le Pacte national   est signé  à Bamako  le 11 avril 2017 entre les différents groupes et l’Etat.

Ce pacte consacre toujours le statut particulier du  septentrion malien  et préconise une solution de sortie de crise. Laquelle  consacre des dispositions liées à l’arrêt définitif des hostilités et au règlement des questions relevant de la situation de conflit ; des dispositions d’ordre institutionnel, économique et un avant-projet  de calendrier de mise en œuvre des mesures.

Dans la foulée, de nombreux  combattants rebelles sont intégrés dans l’armée malienne en conservant leur « grade ». Des unités spéciales  composées majoritairement  de combattants touaregs  et arabes intégrés  sont créées.  Plus  de 9.000 ex-combattants  réintègrent la vie civile productive et près de 2.400  sont  réintégrés dans la fonction publique malienne. Un Programme d’appui à la réinsertion socio-économique des ex-combattants du Mali (PAREM) est mis sur pied avec l’aide du PNUD et de nombreux autres bailleurs de fonds.  Pour  consacrer  véritablement la paix et la réconciliation,  une cérémonie  de flamme  de la Paix  a lieu le 27 mars 1996 à Tombouctou devant la Communauté internationale.

Toutefois  dès 2006,  à la faveur  du  non-désarmement des ex-combattants,  on assista  simultanément   à la résurgence de la question touarègue au Mali et au Niger.  Des mouvements  politico-armés   justifient  leur combat par  des revendications  irrédentistes.  Des accords  de paix et réconciliation, sous l’égide de Kadhafi,   sont signés  en Libye  avec  l’ensemble des mouvements arabes et touaregs.

Mais à la faveur  de la dislocation de l’Etat libyen, la France et la Communauté  internationale  permettent à des rebellions de resurgir  pour  occuper, pour la première fois en 2012, l’ensemble des régions nord du Mali. Lesquelles, hormis Kidal, sont récupérées  par  l’’opération Serval menée par la même France. Des accords issus du processus d’Alger, sous l’égide de la Communauté internationale, sont signés en 2015 à Bamako et stipulent  l’installation des autorités intérimaires dans l’ensemble des régions nord du Mali.

Ce qui n’a été facile nulle part. Car à chaque fois, des groupes armés ont occupé des bâtiments publics pour réclamer  de la  représentativité ou plus, au sein des autorités intérimaires. Et à  chaque fois, ils ont eu gain de cause. Ce fut le cas à Gao et Kidal. Ce serait sans nul doute, le cas à Tombouctou et Taoudénit qui sont les deux dernières régions où les autorités intérimaires ne sont encore  pas investies. Parce que le Congrès pour la Justice dans l’Azawad  (CJA), un groupe dissident du MNLA conduit  par un déserteur de l’armée régulière,  l’a bien compris. C’est pourquoi, il  a positionné  des hommes et des véhicules aux portes de la ville  de  Tombouctou pour s’opposer à l’installation des autorités intérimaires. Une manœuvre  qui  favorise  un  imbroglio militaro-politique. Lequel  va  certainement lui permettre d’atteindre ses objectifs : avoir  plus de représentants  et de poids au sein des autorités  intérimaires de la région.

Tant que l’on va  continuer d’ignorer que le désarmement  des ex-combattants est primordial pour une paix et une réconciliation durables, ce marchandage  politico-militaire va demeurer une triste réalité dans le septentrion malien.

Gaoussou Madani Traoré

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