Ameik actu : Donald Trump élu 45ème Président des USA : Quand le populisme écrase l’establishment politique

gqoussouHier mercredi 9 novembre, Donald J. Trump a été officiellement déclaré vainqueur de l’élection présidentielle américaine face à Hillary Clinton. Démentant ainsi tous les pronostics et tous les sondages depuis son entrée en campagne en juin 2015 et, malgré toutes ses frasques et les polémiques le concernant, le milliardaire de 70 ans au tempérament imprévisible, devient le 45ème Président des États-Unis. C’est la plus grande surprise de l’histoire politique et électorale américaine. L’électorat américain s’est massivement mobilisé en faveur du candidat républicain pour lui offrir le nombre de délégués nécessaire (290 sur 538 contre 228) pour accéder à la Maison Blanche, même si Hilary a légèrement remporté le suffrage populaire.
Que s’est-il donc passé pour qu’Hillary, pourtant longtemps restée la favorite des sondages d’opinions, de la presse américaine mais aussi des milieux d’affaires, subisse une telle claque électorale, par un désaveu des urnes ? Est-ce la défaite d’une femme dont l’Amérique phallocrate n’a pas voulu ? Sinon serait-elle celle de l’establishment politique américain, caractérisé par l’alternance entre républicains et démocrates qui était parvenu pendant des décennies à instaurer un système politique verrouillé basé essentiellement sur un modèle standard qui ne favorise que l’émergence de l’intelligentsia et de la nomenklatura ? Un décryptage politique des différents messages de campagne de Trump et ses nombreuses victoires sur les candidats républicains en vue, est à même de fournir des éléments de réponse.
Dès le début de la campagne pour les Primaires républicaines, Donald Trump, véritable outsider, était parvenu à alerter la classe politique américaine des deux bords (démocrates et républicains) par ses victoires à répétition, que les américains ne voulaient plus du système politique en vigueur dans leur pays. Un message dont la teneur a unanimement échappé aux analystes américains et étrangers qui ne l’avaient jamais pris au sérieux. Pis, son avance sur ses concurrents républicains, au lieu d’être décortiquée pour comprendre la lassitude des américains, a été à tort caricaturée par les medias et les analystes politiques de « phénomène Trump ».
Un fait a aussi certainement échappé au camp adverse : quand Trump tout au long de la campagne n’a eu de cesse de proposer aux américains (notamment moyens) un discours populiste très haineux qui stigmatise les personnes de couleur, les hispaniques et les musulmans, provoquant la fracture entre populations américaines, le camp adverse se bornait à ne faire passer que des discours politiquement corrects. Mais aussi, lorsque le candidat républicain promettait un discours de rupture totale dans la conduite des affaires intérieures et extérieures des USA, la campagne d’Hillary se bornait à vanter les mérites du système en place. N’ayant pas de programme de gouvernement conséquent à fournir à ses compatriotes lors des deux débats télévisés, le candidat républicain a expressément réussi à rabaisser son contenu, en contraignant son challenger à passer son temps à la défense des attaques personnelles. Ce qui lui a permis de conquérir plus de 50% de l’électorat constitué par la classe moyenne peu instruite et qualifiée qui ne trouve plus son compte dans le système politique en vigueur.
Le magnant de l’immobilier a promis aux américains de créer davantage d’emplois, en rapatriant les usines américaines qui seraient dorénavant couvertes par un protectionnisme pur et dur pour promouvoir la consommation locale. Il a aussi promis de rompre avec la globalisation de l’économie et la diplomatie internationale pour renégocier tous les accords et conventions conclus avec les pays étrangers et les organismes internationaux. Ce qui implique une remise à plat du système économique mondial dont l’Amérique est pourtant le leader. Un discours qui a parfaitement payé. Puisqu’au décompte final, non seulement il a pu obtenir le maximum de délégués pour son élection mais aussi la dynamique de sa campagne électorale a permis au parti républicain de remporter la majorité au Congrès (Chambre des représentants et Sénat) avec le renouvellement de 30% des mandats. Il ressort que le taux de participation très important aurait surtout contribué à cela.
En somme, la victoire de Trump est plus celle du populisme sur l’establishment que sur la Dame Hillary. Par cette victoire, les américains ont certainement décidé de tourner une page politique où seules les élites pouvaient émerger pour prendre les destinées du pays. La progression du populisme est d’ailleurs devenue une logique internationale dans les pays occidentaux. C’est le cas en Hongrie où le parti populiste de Peter Oban est désormais majoritaire, le BEXIT en Europe que des populistes britanniques ont permis. Mais aussi le phénomène s’est fait sentir en Allemagne. A ce rythme, il n’est pas exclu que Marine Le Pen, la patronne du Front National (FN), devienne la Présidente de la France lors de la présidentielle prochaine.
Gaoussou M. Traoré

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