Armée malienne : Daouda Kinda, un spécialiste en sécurité internationale fait le diagnostic

KandaDaouda Kinda est le pure fruit de l’école malienne, ayant fait toutes ses études primaires jusqu’à son obtention du Baccalauréat. À la suite d’un diplôme de Maîtrise en Droit (option Droit Public) à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP), en 2012, il obtient une bourse d’étude en Chine, qui le conduira à faire un Master en Diplomatie à l’Université de Liaoning, avec comme sujet de thèse : «Sécurité internationale et l’impact des armes nucléaires». Polyglotte parlant l’Anglais, le Chinois (Mandarin), le Coréen et le Français. Président du Club pour l’Epanouissement du Droit en Afrique (CEDA) et Vice-président de l’Association des étudiants africains de l’Université de Liaoning (LUASA), le jeune leader et Expert en sécurité internationale et des questions d’armes nucléaires, M. Kinda est de retour à Bamako depuis quelque temps pour rendre la monnaie de sa pièce à son pays le Mali. Interview !
Le Dénonciateur : Pourquoi avez-vous choisi de retourner au bercail, alors que vous avez été sollicité par des entreprises et autres groupes de lobbying chinois pour travailler, en tant qu’analyste en sécurité internationale?
Daouda Kinda : Tout d’abord, je tiens à remercier la rédaction du journal «Le Dénonciateur» pour m’avoir permis de me prononcer sur le sujet aussi brûlant que celui de la sécurité au Mali et dans la sous-région. J’ai fait le choix de revenir au pays, parce que tout simplement, c’est la Nation malienne, de par l’effort des impôts et taxes du contribuable malien, qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Je suis le fruit du système éducatif malien et c’est grâce à une bourse d’étude gouvernementale que j’ai pu faire des études post-universitaires. Donc, il va sans dire que je suis redevable à la Nation malienne. En plus de cela, le Mali traverse la plus grande crise sécuritaire de son existence. Il serait donc ingrat et non patriotique de ma part d’accepter de travailler pour des lobbies étrangers, alors que mon pays aurait besoin de mes connaissances.
Que pensez-vous de la situation sécuritaire actuelle du Mali?
C’est l’ensemble du monde entier qui est dans le rouge, en terme de sécurité nationale et internationale. Avec la montée en puissance du terrorisme, qui s’ajoute à d’autres défis de sécurité planétaire, comme le réchauffement climatique, les maladies pandémiques ou la cyber criminalité, les leaders mondiaux vont être confrontés au dilemme sécuritaire pour aux mois les 50 années à venir. Avec la naissance des groupes terroristes high-standard, comme l’Etat Islamique au Levant et en Iraq, qui s’ajoute à d’autres nébuleuses terroristes comme Al Qaeda, la guerre du futur se fera pas contre des armées conventionnelles, mais contre des forces disparates ayant de plus en plus de moyens humains et logistiques. Le Mali se trouve dans un environnement mondial et sous-régional qui l’expose à d’énormes défis en matière de sécurité nationale et internationale. L’état de la géopolitique mondiale actuelle, qui est fortement caractérise par l’effet de domino des crises, fait en sorte que notre pays peut se trouver éclaboussé par les retombées néfastes (majeures ou mineures) des crises sécuritaires dans la sous-région ou dans le monde.
Mais, selon vous, pourquoi la situation du Mali va de mal en pis ?
Le problème du délitement de la sécurité au Mali remonte à très loin. D’abord, avec la colonisation. Le Mali, à l’instar de beaucoup d’autres pays africains, les grands ensembles socio-territoriaux se sont vus partagés entre les puissances coloniales. La conférence de Berlin de 1884 avait pour but principal de cloisonner (au plan de vu ethnique et territorial) les pays africains naissants, de telle sorte que qu’ils vivront petits dans un environnement de crises permanentes. Tout a été fait pour qu’il n’y ait pas de Nations-Noires puissantes et indépendantes. L’enjeu est juste de faire en sorte que les pays de l’Afrique riches en ressources naturelles restent le plus dociles possible afin de permettre l’approvisionnement continu des puissances occidentales. Cette stratégie de (long-termcontainmentpolicy) se traduit de façon génuine par les contrats de coopération dans le domaine militaire et de défense signés entre les pays africains sub-sahariens et la puissance coloniale, juste après les indépendances dans les années 1960. Ces contrats sont de véritables moyens de domination sur les Etats africains.
Par ailleurs, de par les contingences géographiques, plus de 70% du territoire malien est désertique. Ce qui pose un énorme obstacle pour le quadrillage du Nord. La rigueur climatique, ajoutée à la différence ethnique et culturelle qui résulte des vestiges des grands conglomérats sociaux-administratifs de grands empires (le Songhai), ont causé une sorte d’abandon du Nord par le gouvernement central de Bamako. Cela a suscité des ressentiments de certaines populations qui en sont venus à créer des groupes armées des les premières heures de l’indépendance du Mali.
Vaste et échappant au contrôle de l’Etat, le Nord est une aubaine pour toutes sortes d’entreprises terroristes et criminels. La quadrature du cercle est que l’Etat malien n’a toujours pas été en mesure de mettre en place une bonne stratégie sécuritaire et de défense de long-terme pour faire face à ce dilemme de sécurité intérieure sempiternel. Des années 1960 jusqu’à nos jours, les gouvernements successifs naviguent entre des tactiques aléatoires de cooptations et de distribution de postes administratifs et politiques à des leaders de différents groupes ethniques armés du septentrion malien. Il faut indubitablement une stratégie de long-terme qui sera basée sur des mesures secrétaires préventives. Il ne faut plus attendre que la crise éclate pour échafauder des solutions, mais intervenir en amont pour éviter qu’elle n’éclate. Les Etats africains manquent de capacité de projection dans le futur, pour assurer l’élément essentiel de toute Nation qui n’est autre que la (Survie) dans un environnement hostile et de compétition avec d’autres acteurs de la scène internationale.
Quel est l’outil nécessaire à une Nation comme la nôtre, pour assurer sa sécurité ?
Les esprits mercantiles le disent bien (l’argent est le nerf de la guerre), et c’est valable pour tout autre domaine de l’activité humaine, plus précisément en terme sécurité intérieure d’un Etat. Pour bien assurer sa survie, un Etat a besoins de capital économique (hard power) et de capital humain-planifications-stratégies (Soft power). Il faut préciser que la première condition fait la seconde. Une économie pauvre, on parle de l’économie réelle et non de chiffres en PIB ou d’indexes, ne peut que déboucher sur un capital-planifications-stratégies pauvre. Le seul outil efficace et nécessaire pour assurer la sécurité d’une Nation est de relever son économie de façon concurrentielle à ses Etats voisins. Le capital économique permettra d’ériger un appareil militaire et de renseignement doté de moyens consistants pour relever les défis avenants.
L’armée malienne est un grand corps malade qui n’arrive plus à répondre aux critères d’une vraie armée du 21ème siècle. Mais, il faut rappeler que, dans toute l’histoire moderne militaire, toutes grandes armées a eu comme colonne vertébrale, un service de renseignement (militaire ou civil) efficace. Le Mali et les autres pays de la sous-région ne disposent pratiquement pas de structures, en matière d’espionnage et de contre-espionnage. Le gros de nos espions sont des militaires formatés, qui n’ont pas de formations poussées dans le domaine. Il va sans dire qu’il faut impérativement remédier à ce problème en établissant une véritable culture de renseignements à la disposition de l’armée nationale.
Tant que le Mali reste accroché aux miettes de renseignements donnés par les pays occidentaux, le pays restera toujours dans cette situation d’insécurité grandissante.
Source : Le Dénonciateur

One Response to Armée malienne : Daouda Kinda, un spécialiste en sécurité internationale fait le diagnostic

  1. Hama Ag dit :

    voila l’un des hommes que le Mali a besoin aujourd’hui vue la situation socio-securitaire que le pays traverse.

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