Autorités intérimaires : Pourquoi ça coince

L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali prévoit en son annexe I une période intérimaire au cours de laquelle certaines mesures seront prises parmi lesquelles la mise en place d’autorités intérimaires chargées de gérer la phase transitoire. Par phase transitoire, il convient de comprendre le temps qui s’écoule entre la situation de conflit et le retour à la normale (donc la situation post -conflit).
Il est unanimement accepté que le retour à la normale ne peut se comprendre qu’après le dépôt des armes par les groupes armés (CMA et Plateforme), donc après l’étape du Cantonnement – Désarmement – Réinsertion, connue sous la dénomination DDR. La mise en place des autorités intérimaires ne constitue pas l’ossature essentielle de l’Accord. Malheureusement, dans la pratique, on constate que cette disposition a pris le pas sur les aspects essentiels de l’Accord que sont le cantonnement, le désarmement, l’intégration/réintégration/réinsertion et l’adoption des aspects institutionnels (régionalisation). A ce rythme, on risque d’oublier l’essentiel.
Ensuite, dans l’esprit des négociateurs, la mise en place des autorités intérimaires devrait se limiter aux collectivités dont les conseils élus sont devenus non fonctionnels du fait de la rébellion. Une des erreurs a donc été de vouloir étendre ce mécanisme à tout le nord, y compris aux instances qui se réunissent régulièrement et qui ont repris un fonctionnement normal après la reconquête du nord. Il est donc aisé de comprendre la levée des boucliers enregistrée dans certaines villes comme Gao. Pour beaucoup de communes, cette erreur sera réparée dès la semaine prochaine avec la tenue des élections communales.
La deuxième erreur, et elle me semble cardinale, a été de limiter le nombre de membres des autorités intérimaires en le maintenant numériquement au niveau des conseils que ces autorités remplacent. On aurait pu élargir le nombre de membres en vue de gérer tous les groupes armés, les tribus (ou les fractions) la société civile et les partis politiques. Cette approche aurait permis d’obtenir un conseil intérimaire représentatif de l’ensemble du corps social et aurait donc contribué à une mise en œuvre concertée (à défaut d’être consensuelle) de l’Accord. Cela est d’autant plus souhaitable que l’élargissement numérique des membres n’a pas d’incidence sur le budget de l’Etat.
Au constat, beaucoup de groupes sociaux s’estiment lésés ou oubliés dans la désignation des membres desdites autorités et la grogne gagne du terrain comme le démontrent les démissions enregistrées au sein de la CMA. Or la mise en œuvre de l’Accord se complique chaque fois qu’un nouveau groupe armé se crée car il revendique sa prise en compte dans le processus. Cela est aisé à comprendre quand on sait que les groupes armés, toutes tendances confondues, ne sont pas homogènes et sont constitués de fractions défendant chacune des intérêts de groupe ou de clan.
Pour bien comprendre cette dynamique de groupe, il est important de rappeler à ceux qui l’auraient oublié que l’une des principales raisons de la création du Mouvement National de l’Azawad (MNA) en 2011 est la perte, suite aux élections de 2009, de la commune de Kidal et de l’Assemblée Régionale de Kidal par une tribu de cette région. Ce clan se sentant marginalisé au sein des nouveaux conseils a pris le maquis pour manifester son mécontentement face à cette nouvelle donne. On connait la suite. L’enchainement des évènements a contribué à la création des groupuscules qui ont mené le pays là où il se trouve aujourd’hui, avec la caution morale de la tribu concernée dont l’influence politique dans la Région est indéniable.
Il n’est cependant pas trop tard : on peut toujours corriger les erreurs en favorisant la mise en place d’autorités représentatives de tout le corps social. Cela permettrait de minimiser les conflits intercommunautaires et de faire participer toutes les communautés à la mise en œuvre de l’Accord.
A mon avis, chaque conseil intérimaire devrait comprendre un nombre satisfaisant de membres et inclure les partis politiques, la société civile dans toutes ses composantes (jeunes, femmes, ulémas, ONG, etc.) et les représentants des groupes armés.
Sidi Mohamed

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