Cahier de l’Institut National de la Statistique (INSTAT) : Un précieux outil d’orientation des décideurs politiques

Le Cahier de l’Institut National de la Statistique (INSTAT) dont le premier numéro vient de paraître constitue un précieux outil d’orientation et d’aide de prise de décision. Les études menées puis publiées dans ce cahier mettent des informations détaillées et fournies à la disposition des décideurs politiques, des planificateurs et des partenaires au développement.dg-instat
Selon son Directeur général, Harouna Koné, l’INSTAT met, dans le cadre de la valorisation des données de recensement et d’enquêtes et de leur exploitation pour la prise de décision, à la disposition des décideurs, des planificateurs, des partenaires au développement, une gamme d’études variées socioéconomiques. En 2015, l’Instat a réalisé les études suivantes : « les déterminants de la pauvreté monétaire et non monétaire en 2011 » ; « Effets genre sur la structure de la consommation des ménages au Mali en 2014 : application de la Courbe d’Engel » ; « Genre et conditions de vie des ménages en 2014 : analyse selon le sexe du chef de ménage » ; « configuration des ménages et qualité de vie, les avantages et désavantages des grands ménages au Mali ». De l’avis de Harouna Koné, le Cahier de l’Instat est un outil élaboré pour orienter les politiques dans les prises de décision. A en croire le Secrétaire général du Ministère de l’aménagement du territoire et de la population, Seydou Moussa Traoré, l’une des faiblesses du système statistique national est la faible valorisation des données existantes, issues des enquêtes et des recensements. L’amélioration de l’analyse et de la diffusion des données fait partie des orientations majeures du schéma directeur de la statistique 2015-2019. Pour répondre à ces impératifs, a-t-il ajouté, l’Instat a prévu dans son programme d’activité annuel la réalisation d’études approfondies pour la valorisation des bases de données de recensement et d’enquêtes existantes. Selon lui, « les quatres études ont été élaborées par l’Instat pour orienter les politiques dans leurs prises de décision en leur fournissant des rapports thématiques sur les déterminants de la pauvreté, la relation entre le genre et les conditions de vie des ménages au Mali ainsi que la configuration des ménages et leur qualité de vie ».
Pauvreté monétaire et non monétaire
L’étude « Déterminants de la pauvreté monétaire et non monétaire en 2013 » fournit de larges explications sur les concepts de pauvreté monétaire et non monétaire. On retient que la pauvreté monétaire est la situation d’un homme dont le niveau de revenu ou de consommation est inférieur à un niveau minimum raisonnable appelé « seuil ou ligne de pauvreté ». La pauvreté non monétaire souvent appelée pauvreté multidimensionnelle consiste à élaborer un indicateur composite à partir de plusieurs dimensions, entre autres, sanitaire, sociale, économique, culturelle.
Au Mali, en 2010, peut-on lire dans l’étude, la situation est critique avec plus de la moitié de la population (50,6%) vivant en-dessous du seuil de la pauvreté. Le document de l’Instat nous apprend que le taux de 65,6 % de la pauvreté non monétaire des ménages est plus accentué que celui de la pauvreté monétaire qui est de 45,6%.
Dans le document, on se rend compte que la taille élevée du ménage augmente le risque de pauvreté. Pour lutter contre la pauvreté, l’étude fait des recommandations. Il s’agit de la mise en place des politiques visant à améliorer le secteur de l’éducation, des politiques inclusives et des stratégies ciblées dans le secteur agricole et enfin des politiques de décentralisation axées sur la pauvreté.
Effets genre sur la structure de consommation des ménages
« Effets genre sur la structure de la consommation des ménages au Mali en 2014 : application de la Courbe d’Engel » est la deuxième étude publiée dans le cahier de l’Instat. Les résultats de cette étude mettent en évidence que les ménages maliens consacrent plus de la moitié (57%) de leur budget annuel dans l’alimentation. La part budgétaire allouée à l’alimentation est plus importante chez les plus pauvres, les hommes chefs de ménages et le milieu rural.
Le logement, la deuxième préoccupation des maliens, est plus importante chez les ménages les plus aisés qui consacrent 13% de leur budget de consommation. Selon l’étude, les produits alimentaires comme la viande, le poisson frais et le pain et, les fonctions Santé, transport, communication, loisirs, enseignement, restauration et biens et services apparaissent comme des fonctions de luxe. Les hommes chefs de ménage consacrent une part importante de leur budget au sorgho/mil, à l’alcool/tabac et au transport que les femmes chefs de ménage.
Genre et conditions de vie des ménages en 2014
La troisième étude de ce premier numéro de l’Instat porte sur « Genre et conditions de vie des ménages en 2014 : analyse selon le sexe du chef de ménage ». 72% des ménages maliens vivent en milieu rural contre 28% en milieu urbain. 10% des ménages ont un effectif compris entre 1 et 3 personnes contre 43% pour 4 à 7 individus et 46,8% de 8 membres et plus. 79% des ménages dirigés par des femmes ont au maximum de 7 individus contre 51% pour les ménages ayant un homme à leur tête. 64% des femmes qui dirigent un ménage sont des veuves contre 6,9% de divorcées. Des résultats de l’étude, on note que les conditions de vie des ménages sont mauvaises au Mali. Et les ménages dirigés par les femmes vivent mieux que ceux sous la direction des hommes.
Avantages et désavantages des grands ménages au Mali
Forte de ses 110 pages, l’étude « configuration des ménages et qualité de vie, les avantages et désavantages des grands ménages au Mali », a été réalisée avec le soutien d’IDESO de l’Université de Genève. Selon ce rapport, les très petits ménages comptent une ou deux personnes. Le nombre des petits ménages varie entre 3 et 5 membres. Dans les grands ménages, on y dénombre 6 à 8 individus. Quant aux grands ménages, ils enregistrent 9 éléments et plus.
Le district de Bamako se singularise par une proportion plus élevée de grands ménages mais aussi de très petits ménages. Les ménages nucléaires sont moins fréquents en milieu urbain. Les ménages bamakois accueillent plus de personnes externes au noyau familial strict. En milieu rural, l’accueil de personnes non apparentées est particulièrement rare. -69,5% des ménages urbains utilisent le ciment comme matériau de sol contre 14,2 des ruraux. La disponibilité de l’électricité dans les ménages est faible avec un ménage sur dix utilisant le réseau EDM-SA. La principale source d’approvisionnement en eau des ménages maliens demeure les puits traditionnels. Un peu plus de deux ménages sur dix utilisent la nature comme lieu d’aisance.
Le nombre d’enfants est inversement proportionnel au confort du ménage. Le mode de vie urbain entraîne plus d’autonomie personnelle, à savoir une individuation qui se distingue d’une individualisation qui remettrait en cause les lieux familiaux et sociaux. Les ménages nucléaires n’apparaissent pas comme ayant une meilleure qualité de vie que les ménages élargis.
Des documents de grande qualité
La représentation Résidente du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Mali, Mme Josiane Yaguibou, apprécie la qualité de ces documents produits par des cadres du système statistique national. « La participation des cadres nationaux aux travaux d’analyse est un fait remarquable à signaler et participe du renforcement des capacités statistiques nationales. En effet, même si l’élaboration des rapports a bénéficié de l’appui financier de l’UNFPA, ces rapports d’une grande qualité ont été conçus par des jeunes cadres maliens de l’Instat.
C’est donc le lieu de féliciter ici ces analystes, ces jeunes cadres qui, avec engouement et désintéressement, ont accepté de consacrer de leur temps pour aller plus loin dans la réflexion sur le phénomène de pauvreté, mettant ainsi à la disposition des décideurs et autres acteurs, des informations utiles à une prise de décisions ».
Conformément à ses missions, l’Instat compte approfondir la production des rapports de qualité pouvant servir d’outils de prise de décision.
Une synthèse de
Modibo Fofana

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