Commissaire Divisionnaire Abdoulaye Coulibaly, Commandant de la CCR « La circulation alternée a réduit à 70% les problèmes de la mobilité »

Le Commandant de la Compagnie de la Circulation Routière (CCR), le Commissaire Divisionnaire, Abdoulaye Coulibaly est un homme de terrain, dynamique et pragmatique constamment honoré par les organisations de la société civile. Dans cette interview, il dit tout sur les mesures prises pour rendre fluide la circulation dans le district de Bamako et appelle les usagers de la route à comprendre la mission des éléments de la CCR.

Le Challenger : Il y a un mois, le dispositif de la circulation alternée sur certains axes routiers aux heures de pointe a été adopté. Quelle est aujourd’hui l’impact de cette mesure en matière de fluidité ?

Commissaire Divisionnaire Abdoulaye Coulibaly : Effectivement, depuis un mois, les hautes autorités ont initié un plan de circulation routière alternée qui concerne 5 axes majeurs. Il s’agit de l’Avenue Alqoods, l’Avenue Martin Lutter King, l’Avenue CEDEAO, l’Avenue Cheikh Zaïd et l’Avenue OUA. Ces cinq avenues connaissent depuis un mois un changement de circulation dans un seul sens le matin de 7h à 9h et le soir de 16h à 19h.

Depuis que nous l’avons lancé, nous avons, d’après les conseils et les recommandations recueillis par-ci par-là, constaté que les usagers ont accueilli avec beaucoup de soulagement ce nouveau dispositif de circulation. Selon des témoignages, les usagers qui faisaient 1 h 15 mn le même trajet le font pratiquement en 15 mn. C’est vraiment une bouffée d’oxygène qu’il faut saluer et encourager.

Toutefois, il ne faut pas que l’arbre cache la forêt, il y a aussi des difficultés, essentiellement par rapport aux voies de contournement. Ces difficultés sont l’occupation anarchique à travers des véhicules garés par-ci, par-là ; des matériels de construction sur la voie publique, des graviers, des briques, du sable   et souvent même des cases aménagées spécialement pour abriter des animaux. Ces questions ont été soulevées lors de la première réunion et sont en train d’être traitées.

C’est ainsi que, depuis un certain temps, nous avons constaté avec beaucoup de joie des opérations menées par la mairie de la commune II par rapport à la libération des voies ouvertes à la circulation. Il est clair que la circulation alternée certes ne résoud pas le problème majeur auquel la circulation est confrontée, mais elle règle en grande partie (70%) les problèmes de mobilité à travers le district de Bamako.

Autre  point de satisfaction de la circulation alternée, c’est la réduction considérable du nombre d’accidents de circulation et la baisse des pannes de véhicules sur la chaussée. Tout cela a contribué à baisser le taux d’émission de gaz à effet de serre. La circulation alternée est une belle initiative qu’il faut saluer et encourager.

Au niveau de la Compagnie de Circulation Routière, quelles sont les défis auxquels vous êtes confrontés ?

Nous sommes confrontés à plusieurs défis. D’abord le premier défi est la lutte contre l’insécurité routière. Notre mission essentielle demeure la fluidité, c’est-à-dire que les usagers puissent circuler librement sans encombre. Selon les statistiques de l’année écoulée, il y a une baisse considérable du taux des accidents dans le district de Bamako. Nous sommes pratiquement à un trimestre de la fin de l’année 2019, si nous maintenons le cap, je peux dire qu’on va aussi battre le record de l’année dernière en matière de réduction du nombre d’accidents de la circulation routière.

Il y a aussi des facteurs liés aux usagers, parce que n’importe qui ne doit pas conduire n’importe comment. Il faut que les usagers aient quand même le minimum de connaissance des règles relatives au code de la route. C’est dans cette dynamique que nous initions des campagnes de sensibilisation au niveau de certaines voies pour amener les usagers à comprendre par rapport à telle ou telle voie quelle attitude adopter. Il y a des panneaux qui les matérialisent. Là ou il n’ya pas de panneaux, nous sommes en train de faire des efforts pour les installer afin que les usagers puissent être informés.

Autre défi, c’est la consommation d’alcool et les drogues. Il y a eu beaucoup d’opérations menées dans ce sens au cours de l’année 2019. Nous avons mené une trentaine d’opérations sans compter les opérations de fin d’année  65 personnes ont été interpellées par rapport à la consommation d’alcool, drogue au volant, testées positives. Ces personnes ont été mises à la disposition des commissariats de police territorialement compétents pour les procédures à ces niveaux avant d’être présentées devant le procureur de la République.

Nous allons accentuer les campagnes de sensibilisation pour amener les usagers à ne pas s’adonner à cette pratique qui, malheureusement, est un facteur de risque par rapport à la sécurité routière.

Voilà des défis auxquels nous sommes confrontés et sans compter le mouvement des plus hautes autorités à travers le district de Bamako, auquel nous nous attelons tous les jours pour que nos autorités puissent se déplacer d’un point A à un point B.

De plus en plus, les usagers apprécient le dévouement des éléments de la CCR, quelles sont les mesures disciplinaires que vous avez initiées ?

Rires…. mes éléments sont disciplinés. Ils ont tous eu une formation à l’Ecole nationale de police mais nous avons jugé nécessaire qu’à chaque fois que des fonctionnaires de police sont mutés à la Compagnie de Circulation Routière qu’ils suivent une formation continue. C’est-à-dire lorsque vous êtes mutés d’une unité à la CCR, vous ne pouvez pas tout de suite prendre fonction, on vous fait suivre une formation d’une semaine pour vous initier à la manière d’interpeller, à la manière de s’adresser aux usagers mais aussi à la manière de lire les documents administratifs parce qu’il n’est pas rare aussi de voir des policiers qui ne savent pas interpréter ces documents. Récemment tous les fonctionnaires de police mutés à la CCR ont subi une formation continue avant de prendre fonction.

Il y a aussi une formation continue que nous avons aussi initiée avec les chefs de la voie publique. Un comité pédagogique œuvre inlassablement dans ce sens. A cet effet, des sessions ont été organisées avec l’appui de la direction générale de la police, la direction de la formation de la police nationale et les partenaires. Il s’agit de la formation par rapport à la lecture des assurances qui a impliqué les experts des différences compagnies d’assurances. D’autres formations ont concerné la vérification de l’authenticité des permis de conduire, la carte grise. Ce qui a contribué à améliorer la qualité des services de la police.

Nous avons aussi mis en place une brigade mobile. Je vous avoue que tout mon mérite revient à cette brigade qui est très efficace avec un taux de réussite de 97% dans les recherches de véhicules en 2019. Cette brigade composée de six (06) personnes a vraiment accompli un travail de titan, un travail qui a amélioré la qualité de service à la CCR. Auparavant, sur 100 véhicules recherchés, on n’en trouvait pas 02. Aujourd’hui, si on est à ce taux de réussite, le mérite ne peut revenir qu’à cette brigade très efficace, qui résiste à toutes les tentations du diable.

Nous avons aussi initié des formations par rapport à la déontologie, parce qu’il ya des règles qui sont spécifiques à chaque corps. Notre corps de police nationale est une grande institution, elle a aussi ses valeurs. Donc, nous avons initié des cours de déontologie pour que les policiers sachent ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils ne doivent pas faire pendant le service et même hors du service.

Nous avons réduit considérablement les disputes souvent avec coups et blessures, entre les usagers et les policiers à la circulation grâce à nos superviseurs. Aujourd’hui, nous avons 33 superviseurs à travers le district de Bamako. Et ces superviseurs ont un grade minimum d’adjudant-chef et au minimum 24 ans de service. Avec cette somme d’expérience, ces superviseurs de police sont capables de gérer tous les problèmes qui puissent se poser dans un carrefour sans que le commandant ne se rende compte et ils le font avec dévouement, avec professionnalisme et avec beaucoup de courtoisie. Tous ces problèmes sont derrière nous maintenant.

Nous nous sommes des policiers. Nous sommes là pour protéger la population qui n’est pas notre ennemi et vice-versa. Parmi cette population, il y a certes des gens qui ne se comportent pas bien, mais la loi est claire, il faut se conformer aux prescriptions de la loi et tous les usagers ne peuvent pas être considérées comme mauvais.

Nous disposons aussi de numéros verts gratuits aujourd’hui pour tous les usagers par rapport aux comportements qui ne sont pas des comportements dignes d’un élément de la CCR. Ces comportements peuvent être dénoncés à travers un numéro vert qui est le 80 00 11 15 pour Malitel et le 80 333 pour Orange.  Si l’agent incriminé est en faute après enquête, la sanction est immédiate

Il y a aussi les caméras de surveillance de plus en plus nombreuses dans les carrefours du district de Bamako qui nous permettent de savoir en temps réel ce que l’agent fait. Je pense que tous ces facteurs ont contribué à avoir le résultat positif que nous connaissons aujourd’hui.

Chez nous, il n’y a pas de différence entre les chefs et les éléments du terrain. Nous sommes tous appelés à servir ce pays, rien n’est de trop pour le Mali. Je suis tout le temps sur le terrain, c’est pour montrer à mes éléments que je suis à leurs cotés, que je suis à leur écoute car il faut être sur le terrain pour connaitre les réalités afin de trouver des solutions aux problèmes rapidement.

Quel message avez-vous à l’endroit des usagers de la route ?

Le message que j’ai à lancer aux usagers de la route est un message de sensibilisation, d’information. Dire à la population que la police nationale est au service de la population. Nous demandons à la population de nous comprendre, notre mission c’est sur la voie publique. C’est vrai que les gens n’aiment pas la répression mais avant de réprimer, nous allons toujours sensibiliser. Nous demandons enfin aux usagers de porter les casques car on le fait pour soi-même et non pour les autorités, c’est pour éviter le traumatisme crânien en cas d’accident.

Propos recueillis par Bourama Camara

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