Conférence d’entente nationale : Les groupes armés et l’opposition boycottent

C’est ce matin que s’ouvre la conférence d’entente nationale au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bah de Bamako sous la présidence du Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita. Cette rencontre  ne verra pas la participation des groupes armés et de l’opposition démocratique et républicaine.

Dans un communiqué daté du 24 mars 2017, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme des mouvements armés ont dénoncé le caractère non inclusif de cette rencontre prévue par l’accord pour la paix et la réconciliation. Elles ont déploré leur non-association à la rédaction des termes de référence. Par conséquent, elles ont décidé de ne pas participer aux travaux.

Les partis de l’opposition démocratique et républicaine maintiennent leur position de ne pas prendre part à ces assises. Les partis de l’opposition estiment que cette conférence nationale n’a pas de sens. Ils sont favorables à la tenue des concertations nationales qui prendront en compte plusieurs thématiques de la crise multidimensionnelle qui frappe le Mali depuis 2012.

La conférence d’entente nationale ne s’annonce donc pas sous de bons auspices en termes de participation.

Ce qu’en pensent certains Bamakois

A quelques heures de l’ouverture de ce grand forum, notre équipe de reportage a interrogé quelques citoyens de Bamako pour comprendre ce qu’ils pensent de l’organisation de cette importante rencontre prévue par l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger. Lisez leurs réactions.

Jean-Marie Diarra, Contrôleur interne : « Que seul l’intérêt du Mali prime sur des intérêts partisans »

« Pour moi, c’est une belle initiative à condition que toutes les parties convergent pour un objectif commun, celui d’un Mali un et  invisible, dans sa diversité culturelle et dans sa laïcité. Que seul l’intérêt du Mali prime sur des intérêts partisans. Oui, moi j’y crois fermement, car cela ne servira à rien d’y aller sans être optimiste ».

Seydou Traoré, enseignant : « Le délai est trop court pour pouvoir mobiliser tous les Maliens»

« Une conférence d’une telle ampleur ne doit pas faire l’objet d’une précipitation. Le 18 mars dernier, lors d’un conseil extraordinaire des ministres, le gouvernement a fixé la date de cette conférence du 27 mars au 2 avril 2017.  Il faut voir l’intervalle, le délai est trop court pour pouvoir mobiliser tous les Maliens et en plus la conférence nationale ne doit pas concerner uniquement les belligérants, la société civile en partie et ceux qui détiennent des armes. Cela n’amènera jamais la paix. Au lieu d’organiser une conférence d’entente nationale, la première des choses qu’il fallait faire c’était de chercher à savoir ce dont souffre réellement la population et d’y apporter les vraies solutions. Ils sont en train d’organiser cette conférence tandis que certains se promènent avec les armes en mains ».

Jean-Pierre Dakouo, Enseignant de formation : « Je ne souhaite même pas que cette conférence ait  lieu »

« Pour moi, cette conférence est mort-née et elle sera nulle, car elle ne résoudra rien. Il faut que l’on accepte d’être d’abord malien, c’est-à-dire accepter de vivre ce que les autres Maliens vivent et de se mettre sur le même pied d’égalité. En un mot, je ne souhaite même pas que cette conférence ait  lieu. Parce qu’elle n’apportera rien du tout. Au contraire, elle va même aggraver la situation, car les acteurs ne vont jamais se dire la vérité en face. Or, une telle conférence doit être une occasion pour mener des débats francs et constructifs en toute vérité ».

Bèmè Sogoba, diplômé sans emploi : « Il faut cette conférence pour instaurer la paix dans notre pays ! »

« Je dirais que la conférence d’entente nationale est une bonne chose pour aller vers la paix. C’est cette question de paix qui doit être discutée par l’ensemble de la population sans distinction de race. A cet effet, il faut cette conférence pour instaurer la paix dans notre pays. Une chose est claire, la division du Mali doit être hors de question ».

Mamadou Camara, commerçant à  Lassa : « Je dirais que c’est une bonne chose »

« Je ne savais même pas qu’il y avait une conférence d’entente nationale. Mais comme je viens de l’apprendre, je dirais que c’est une bonne chose. Mais, il faut savoir qu’il est très difficile d’organiser ce genre de conférence dans notre pays. En premier lieu, il faut noter que la population malienne est mal informée. Pour ce faire, je crains que cette conférence ne réunisse que quelques personnes qui vont parler au nom de tout le monde. Cela ne va rien apporter. C’est pourquoi chaque fois que le gouvernement signe des accords, les résultats sont toujours négatifs. Tant qu’il ne change pas de stratégie de communication, il n’y aura pas une entente nationale. Sinon, aujourd’hui tout le monde veut la paix ».

Propos recueillis par Catherine Tounkara et Fousseini Sogoba, stagiaires 

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