Entre nous : Des “initiatives politiques” pour le nord ?

«Je répète régulièrement au Président Ibrahim Boubacar Keïta qu’il faut prendre les initiatives nécessaires pour assurer l’intégration des peuples du nord dans la communauté malienne. Il importe que les Maliens prennent à bras le corps leur propre sécurité. Cela passe aussi par des initiatives politiques » a déclaré, le week-end dernier le Ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian dans l’émission “Grand rendez-vous” d’Europe 1 / Les Echos / iTélé.
Le Ministre français n’est pas à sa première sortie peu amicale contre le gouvernement de la République sous la direction de son ami socialiste IBK. En pareille circonstance, la réplique de Bamako doit être immédiate et à hauteur des affirmations gratuites du ministre français, lequel a du mal à se défaire de son costume paternaliste. On comprend l’embarras de Bamako qui reste dans un silence profond, comme cela a toujours été le cas. Les propos de Jean-Yves Le Drian coïncident avec la dégradation de la situation sécuritaire caractérisée par une série d’attaques et le débat suscité par l’envoi d’une lettre au Président du Haut conseil islamique du Mali, l’Iman Mahmound Dicko par le chef d’Ansardine, Iyad Ag Aghaly.
Un traité de défense, d’incessantes visites privées marquées par des têtes-à-têtes avec le Président Hollande, de nombreux contrats offerts aux entreprises françaises sur des bases douteuses (l’exemple typique est le marché des passeports retiré à une société canadienne au profit d’une entreprise française avec majoration de prix) n’ont pas permis de convaincre Paris de la bonne foi de Bamako. L’ex-ambassadeur de la France au Mali, Gilles Huberson, a déclaré dans son discours du 14 juillet 2016 que les entreprises françaises ont eu en 2015 des commandes de 300 milliards de FCFA. Il ne faut pas se faire trop d’illusions.
Une équipe exécutive sur la tête de qui planent l’épée de Damoclès des dossiers et surtout aux relents nationalistes douteux, n’a pas d’autres alternatives que de suivre la ligne tracée depuis Paris. La peur du retrait de l’organisation du Sommet Afrique-France complique encore plus la position de Bamako qui a préféré des investissements colossaux comme la construction d’un nouveau salon d’honneur à l’aéroport international au détriment d’une accélération des investissements de la loi de programmation et d’orientation militaire.
Les annonces pompeuses de réarmement et la dotation des Fama à des fins électoralistes montreront rapidement leurs limites avec la nette dégradation de la situation sécuritaire et surtout la riposte apportée à ces multiples attaques.
L’erreur de la communication présidentielle, voire gouvernementale est de faire croire aux populations que les Fama peuvent avoir une capacité opérationnelle immédiate pour faire face aux périls du moment. Il faut avoir le courage de dire aux populations que la reconstruction d’une armée aussi démantelée que la nôtre après plusieurs années de laxisme, de corruption, de népotisme et de favoritisme, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Et qu’il faut du temps pour que les Fama puissent avoir une capacité opérationnelle à hauteur des menaces actuelles.
Ce genre de langage franc et honnête ne peut pas être tenu par des politiciens qui ont pris un vilain plaisir à tromper le peuple par des déclarations populistes sans lendemain.
Par Chiaka Doumbia

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *