Entre Nous : GUN : vrai faux fuyant !

Le président de la République a affirmé, le 16 juin 2020 au Centre international de conférences de Bamako, sa volonté de mettre en place un gouvernement d’union nationale. La mission ministérielle de la Cedeao sur la situation sociopolitique en République du Mali, dans son communiqué de presse en date du 19 juin, a insisté spécifiquement sur la nécessité de mettre en place un gouvernement consensuel d’union nationale tenant compte des recommandations du Dialogue national inclusif. La formule est vite trouvée. Il faut confier quelques strapontins à ceux qui réclament la démission du président IBK pour acheter leur silence. Le Gouvernement d’union nationale (GUN) est un vrai faux fuyant.

Les responsables du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques (M5-RFP) offriraient un joli cadeau à IBK, dont le cercle de soutiens se rétrécit comme peau de chagrin, en acceptant une telle offre. Ils se feraient hara kiri en adhérant à ce qui sera perçu par leurs compatriotes comme un énième partage du gâteau national.

Le Mali n’est pas confronté à un problème de gouvernement, ni de Premier ministre. Le président IBK est à son 6ème Premier ministre en 7 ans de gestion des affaires publiques. Un record au Mali ! Tous ces chefs du gouvernement sont-ils incompétents ? Que non !

La défiance vis-à-vis des institutions de la République a atteint un niveau insoupçonnable. Force est des déplorer que nos institutions ont perdu tout crédit du fait des choix douteux d’hommes chargés de les animer et des crapuleries de certains d’entre eux. La défaillance de l’élite politique comptable de ces dérives a favorisé l’émergence des dignitaires religieux mieux écoutés.

Au lieu d’inverser cette tendance, IBK a fait pire. Il a le plus déçu. De la présidentielle de 2018 aux récentes législatives, le taux de participation n’a cessé de faiblir. Ce qui pose un véritable problème de légitimité aux élus, à commencer par le président de la République, réélu en 2018 sur fond de contestation avec moins de 2 millions sur un corps électoral de plus 8 millions et une population de près de 20 millions d’habitants. L’autorité de l’Etat est mise à rude épreuve à travers le pays, le mécontentement général. Le malaise est réel et profond.  Ceux qui pensaient que l’application intégrale et immédiate de l’article 39 du statut des enseignants allait démobiliser doivent encore visionner les images de la manifestation  du 19 juin 2020. A la différence du 5 juin, la mobilisation s’est étendue à d’autres capitales régionales comme Sikasso, Kayes, Ségou, Mopti et à la diaspora malienne avec le même mot d’ordre : la démission du président IBK !

Un GUN pour intégrer quelques opposants dans le gouvernement ? Cela  ne saurait satisfaire la soif de changement de cette populace abandonnée à son triste sort depuis des décennies par une élite affairiste. Au contraire, ce serait la trahir encore une fois. Car si cela suffisait, l’entrée de l’aile dure de l’opposition politique dans le gouvernement, à travers la signature de l’Accord politique de gouvernance de mai 2019, aurait fait taire les contestations ça et là.

Il faut qu’on arrête de se faire des illusions. Le Mali ne peut pas faire l’économie d’une véritable refondation.

Chiaka Doumbia

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