Entre nous : La “grand-messe franco-africaine’’ de Bamako !

Le 27ème sommet Afrique-France s’ouvre demain vendredi 13 janvier au Centre International de Conférences de Bamako (CICB). Le futur ex-Président de la République française, François Hollande et une trentaine de chefs d’Etat africains prendront part à cette grand-messe de Bamako dont la tenue irrite de nombreuses organisations de la société civile, lesquelles se signalent à travers des contre-forums. A Bamako où on loue le succès diplomatique du Président Ibrahim Boubacar Kéïta, le gouvernement n’a pas lésiné sur les moyens pour que ce sommet soit une réussite totale. Dépenses somptueuses, routes réhabilitées, espaces publics assainis, de nombreux véhicules neufs acquis, des villas construites, des hôtels réquisitionnés, des aménagements faits au niveau de la circulation routière, des milliers d’éléments des forces de sécurité mobilisés ! Plusieurs milliards de francs CFA pour accueillir la France et l’Afrique. Le prix de l’hospitalité légendaire du peuple malien ? La contrepartie du grand retour du Mali sur la scène internationale après la tragédie de 2012 ?
Le citoyen lambda s’interroge sur les retombées réelles et immédiates de cette grand-messe franco-africaine sur sa vie quotidienne. De même que les chiffres de la croissance qui servent de plat de résistance pour de nombreux gouvernements africains. Les vraies préoccupations des populations africaines seront-elles abordées dans la salle hyper climatisée du CICB placée sous haute surveillance depuis plusieurs semaines ?
François Hollande et ses homologues africains ne peuvent pas ou ne veulent pas voir les vertèbres de ces enfants qui meurent de faim ou de soif par l’absence ou le manque d’eau potable. Le futur ex-président de la République française et ses pairs du continent noir n’entendront pas les cris de ces mères africaines qui meurent en donnant la vie par faute d’infrastructures sanitaires adéquates ou de personnel médical qualifié. Ils ne peuvent pas ou ne veulent pas croiser les regards des parents des lycéennes, otages de la secte terroriste Boko-Haram, etc.
Ils ne diront pas la vérité aux nombreuses victimes noires ou blanches des attentats terroristes. Ils ne diront pas non plus la vérité sur les réseaux qui alimentent les conflits armés en Afrique afin de vendre des armes et munitions fabriquées par des firmes occidentales. Ils ne seront pas sensibles aux souffrances des paysans spoliés de leurs terres de culture.
Les chefs d’Etat n’entendront pas les cris des enfants de Kidal (cette ville est devenue une enclave désertique avec la bénédiction de la France), privés d’écoles, de soins de santé de qualité pendant plus de quatre ans. Dans les régions de Gao, Tombouctou, Mopti et une partie de la région de Ségou, de milliers d’enfants ne partent pas à l’école ou ne bénéficient pas de soins de santé à cause du repli de l’administration publique dont les représentants ont abandonné leurs postes devant la folie des obscurantistes terroristes.
A Bamako, ils préféreront de beaux discours aux actions concrètes pour traiter le phénomène migratoire. Il n’y aura même pas une minute de silence en la mémoire des milliers de jeunes dont les corps gisent au fond de l’océan ou ont servi de « repas » pour les requins ou autres bêtes aquatiques.
Au CICB, ils évoqueront davantage la part du marché africain qui devait revenir aux entreprises françaises. « L’appui au développement du Mali n’est pas qu’une affaire de coopération. Les entreprises françaises doivent y prendre toute leur part et je suis fier de dire qu’elles ont obtenu en 2015 pour 300 milliards de FCFA de commandes », se glorifiait récemment un diplomate français. Le vrai enjeu de cette grand-messe franco-africaine se situe justement à ce niveau.
Par Chiaka Doumbia

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