Entre nous : Le branle-bas ?

La disparition tragique de Cheick Ag Awissa dans l’explosion de son véhicule, le 8 octobre dernier, à la sortie d’une réunion de sécurité au siège de la Minusma, fait l’objet d’une guerre de communiqué entre la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et la MINUSMA. « Comme d’habitude, les véhicules des représentants de la CMA étaient stationnés à l’intérieur du camp de la MINUSMA pendant toute la durée de la réunion. Sur le chemin de retour, au crépuscule, la voiture de l’intéressé a explosé à environ cinq cent mètres à la sortie du camp de la MINUSMA causant la mort subite du regretté Cheick Ag Awissa qui était seul à bord. Tous les constats ont écarté le passage sur une mine. La voiture était donc piégée et il s’agit d’un assassinat ciblé. Tout porte à croire que l’engin explosif a été placé sur le véhicule du défunt pendant la réunion et dans l’enceinte du camp de la MINUSMA », a déclaré la CMA dans un communiqué.
« La MINUSMA déplore cet incident, dont les circonstances exactes restent à déterminer et condamne la recrudescence de violence à Kidal et dans ses environs. La MINUSMA appelle à une action rapide pour que les auteurs de cette attaque soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice. À cet égard, la MINUSMA appelle à éviter les spéculations et les allégations infondées et à agir avec retenue et responsabilité », a répliqué la Mission Onusienne.
Deux hypothèses sont à explorer dans cette situation tragique. Soit il s’agit d’une élimination comme l’a souligné la CMA dans son communiqué. Déjà l’algérien Bel Moctar, selon la chaîne Al Jazazera, accuse la France d’avoir liquidé Cheick Ag Awissa. Soit c’est un règlement de comptes entre les maîtres de Kidal.
La confirmation de la première hypothèse créditera l’existence d’un plan secret d’élimination de toutes les têtes de proue qui dérangeraient le plan conçu par la communauté internationale pour le nord du Mali. Si cela s’avérait, d’autres personnes seront donc dans le collimateur de la communauté internationale. Comme le cas de l’emblématique chef de guerre du HCUA, les prochaines cibles ne seront pas choisies au hasard. D’autres chefs de la CMA ou de la Plateforme doivent craindre pour leur vie.
Le défunt Cheick Ag Awissa, connu pour ses alliances avec le terrorisme international, était devenu dérageant pour la force française Barkhane qui a de la peine à cohabiter avec certains lieutenants d’Iyad Ag Ghaly. Le ministre français de la défense, Jean Yves Ledrian, avait publiquement pris à partie le HCUA pour clarifier sa position. Les dernières manifestations à Kidal contre la MINUSMA et Barkhane qui ont occasionné l’incendie de l’aéroport de la ville, portaient la marque des soutiens de Cheick Ag Awissa. La semaine dernière, le ministre nigérien de la défense confiait à RFI qu’il n’y a pas de différence entre HCUA, AQMI, Ansardine.
Il ne faut pas trop crier victoire même si les derniers événements peuvent laisser penser à un basculement de la position française en faveur de la présence de l’administration d’Etat à Kidal dans les plus brefs délais. Le premier bénéficiaire de l’élimination de Cheick Ag Awissa est le MNLA qui pourra voir ses rangs grossir avec les combattants du HCUA désorientés par la perte subite et cruelle de leur chef. Cette disparition intervient dans un contexte marqué par la création des groupes politico-militaires à caractère tribal. Le Congrès pour la Justice dans l’Azawad est dirigé par un ancien de la République qui fut membre fondateur du MNLA et un ancien déserteur de la gendarmerie nationale. Le mouvement pour le salut de l’Azawad a été fondé par un concepteur du Mouvement National de l’Azawad qui s’est allié avec les mercenaires venus de la Libye pour lancer le MNLA.
Chiaka Doumbia

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