Entre nous : Le laxisme et l’impuissance

L’installation des autorités intérimaires qui devait commencer par la région de Kidal, a été reportée le 18 février 2017, à la dernière minute. Et pour cause, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) est revenue sur ses positions en donnant comme prétexte, la nomination du nouveau gouverneur de Kidal qu’elle accuse d’être proche de la Plateforme. En attendant un nouveau calendrier, il faut se rendre à l’évidence que la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation va accuser un énième retard. Déjà à Gao, Tombouctou, Ménaka, des voix s’élèvent à travers des manifestations pour contester les choix des Présidents des Assemblées régionales. Au même moment, la situation se dégrade nettement sur le terrain avec une délocalisation de la lutte armée au centre du pays, devenu le théâtre des conflits intercommunautaires à répétition.

Le gouvernement du Mali n’a pas été capable d’éviter le piège tendu par les groupes armés qui ont réussi la prouesse de faire de la question  des autorités intérimaires une condition sine qua non de l’avancement du processus de paix. Il faut arrêter de faire de la fixation sur ce dispositif facultatif dans la mise en œuvre du document issu du processus d’Alger. Les groupes armés veulent faire croire que l’application de l’Accord ne peut pas avancer sans l’installation des autorités intérimaires. Or, le cantonnement, le désarmement des combattants, le Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC) ne sont nullement liés aux très controversées autorités intérimaires. Que de manœuvres dilatoires !  Comme si les uns et les autres ont intérêt  à ce que la crise perdure encore pour le malheur des populations du nord qui souffrent énormément de cette situation à la fois confuse et chaotique.

Dans le quotidien « L’indépendant » du mardi dernier, l’ancien Premier ministre, Ahmed Mohamed Ag Hamani  a déclaré que « Les leaders du MNLA, du Gatia, de la Plateforme… ne travaillent que pour eux-mêmes et non pour les populations du nord ». L’ancien Premier ministre sous le Président ATT a vu juste. La majorité de ceux qui se pavanent dans les grands hôtels de Bamako pour chanter l’Azawad, ignore tout des conditions dans lesquelles les braves populations du nord vivent. Ces gens-là se battent plutôt pour les perdiems et autres privilèges liés à tel ou tel président de commission ou de sous-commission. Ils manquent cruellement de racine sociopolitique, donc de légitimité. La fin de la crise est synonyme de leur disparition de la scène. Car aucun de ces leaders ne peut se faire élire de façon démocratique sans un coup de pouce de l’Etat ou de l’administration publique.

Le Secrétaire général du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA), Bilal Ag Achérif ne peut pas s’exprimer en Tamasheq, le dialecte localement parlé. Ne parlant pas français, il est à l’aise avec l’anglais. N’est-il pas curieux que quelqu’un qui ne parle pas le principal dialecte d’une zone se mette à en réclamer l’indépendance ? A l’image de Bilal Ag Achérif, les leaders de la CMA, ce mouvement composé d’apatrides qui a ouvert la boîte de Pandore, sont des imposteurs, des traîtres à la solde de leur mentor-protecteur caché sous la bannière de la communauté internationale.

Face au laxisme de cette communauté internationale, les leaders de la CMA tenteront d’obtenir d’autres concessions de la part de l’Etat impuissant du Mali. Sans doute, une révision du calendrier des élections communales partielles, des locales et des régionales !

Par Chiaka Doumbia

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