Entre Nous: L’un des paradoxes maliens

Le 30 septembre 2017, le Ministre du Travail et de la Fonction Publique a visité les chantiers des nouveaux sièges du Centre national des concours et examens du Mali et de la Direction nationale du travail. Un imposant immeuble qui aurait coûté au budget national la bagatelle de 20 milliards de nos francs. Des exemples de ce genre où l’Etat investit des milliards dans la construction des bâtiments sont multiples. Cette promptitude de nos décideurs à investir des milliards dans de beaux immeubles, ne date pas d’aujourd’hui et c’est une attitude critiquable. Injecter des dizaines de milliards dans la construction de bâtiments, dans un pays de grandes potentialités comme le Mali où les produits de première nécessité sont importés, découle d’un manque de vision et d’ambition. Au-delà des initiatives gouvernementales, il suffit de faire un tour dans la zone ACI d’Hamdallaye pour constater tous ces milliards investis dans des immeubles qui cherchent désespérément locataires. Et pourtant ces sommes d’argent faramineuses pouvaient servir des secteurs pourvoyeurs de richesse, d’emploi donc de valeur ajoutée.

L’un des paradoxes de ce pays est qu’on trouve des milliards pour construire des immeubles mais jamais pour investir dans la création des unités industrielles ou pour sauver des entreprises bradées sous la pression des institutions de Brettons Woods au nom d’un libéralisme sauvage au visage inhumain.

L’Huicoma a été bradée pour 9 milliards de FCFA plongeant ainsi des villes entières et de nombreuses familles dans le désespoir total. La Régie des chemins de fer n’a pas besoin de 20 milliards pour revivre et faire le bonheur de nombreuses populations et employés depuis le bradage de cette entreprise capitale dans le désenclavement du pays. La Régie des chemins de fer, mise à genoux par des cadres véreux et insouciants, agonise sous le regard coupable de ceux qui ont promis au peuple de tout mettre en œuvre pour l’émergence du Mali. Personne ne peut nier l’importance des chemins de fer dans l’économie nationale. Pourquoi les trains ne sifflent plus ? Ce sont les hauts cadres de l’administration publique, propriétaires de gros-porteurs, qui détiennent la réponse. L’absence de volonté politique de développer le transport ferroviaire tient au fait que les décideurs qui se sont succédé à la tête de l’Etat depuis la chute de Modibo Kéïta privilégient leurs intérêts personnels au détriment du bien-être collectif.

Au moment où on construit des immeubles à coût de milliards, les oranges du paysan du petit village de Yanfoliya pourrissent avant d’arriver à leur destination finale. Pendant qu’on puise dans les caisses de l’Etat pour poser les jalons des immeubles, la maraîchère de Niono est obligée de brader sa production pour ne pas la jeter au bord de la route au retour de la foire. Au moment où on investit des milliards pour doter les services publics de jolis locaux, le cultivateur de Siby assiste au pourrissement de ses mangues par faute de transformation et l’éleveur de Douentza brade ses animaux dans les pays voisins.

Le développement n’est pas sorcier, c’est une question de choix. On n’a pas besoin d’être docteur en économie pour comprendre qu’une société de consommation est condamnée à enrichir les nations qui produisent. Et dire que le Mali ne dispose pas de fonds pour financer les secteurs productifs relève d’un pur canular. Si la situation actuelle perdure dans le pays, ces jolis bâtiments construits pour abriter des services publics seront tôt ou tard la cible de cette jeunesse désœuvrée, voire de cette population en quête de justice sociale.

Investissons dans des secteurs qui créent de la richesse, de l’emploi. C’est le début du développement.

Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger

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