Entre nous : N’accablons pas ces braves soldats !

«Ça suffit maintenant !», s’exclamait un militaire au cours de la cérémonie organisée le 21 juillet dernier, au camp Cheick Amadou de Ségou, en hommage aux militaires tombés sur le champ de l’honneur, à Nampala. La colère de ce soldat, évacué par les forces de l’ordre, a été rapportée par l’envoyé spécial de la chaîne francophone TV5 dans son journal Afrique du jeudi dernier. Ce geste de désespoir a été fait devant le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, du Premier ministre, Modibo Kéïta, de plusieurs membres du gouvernement et d’autres personnalités de la République.

Comme les événements du 21 mai 2014 à Kidal, l’attaque de Nampala, revendiquée par deux mouvements (l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peulh et la restauration de la justice et la branche Ansardine de Macina) ne manquera pas de secouer la grande muette. Déjà, il y a un décalage entre les déclarations des responsables politiques par rapport à l’envoi des renforts et la présence effective des forces sur le terrain.

Au moment où les officiels rassuraient de la reprise de la ville, il n’en était rien. Car le gros lot de la troupe était stationné à Diabaly. Cela peut susciter quelques interrogations. Une rupture entre la base et la hiérarchie militaire ? Le message des responsables politiques a-t-il été mal perçu par les hommes de troupe ? La brutalité et la cruauté de l’attaque ont-t-elles agi sur le mental de la troupe ?

Jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, ni le ministre de la défense et des anciens combattants, ni le chef d’état-major général des armées n’avait effectué le déplacement sur le terrain à Nampala ou Diabaly pour s’enquérir de la situation et remobiliser les hommes. C’était pourtant la moindre des choses pour le ministre Tiéma Hubert Coulibaly ou encore le nouveau chef d’état-major général des armées, le général de division Didier Dacko.

Toutefois, il est plus que jamais nécessaire de s’atteler à remobiliser les troupes afin d’éviter que le cas de Nampala ne se reproduise en d’autres endroits du pays.  Cela est d’autant plus probable que le mouvement de quelque dizaines de véhicules lourdement armés a été signalé dans la zone de Douentza. Les forces du mal cherchent à porter des coups durs au processus de paix pour fragiliser davantage une cohésion sociale déjà mise à rude épreuve.

Le Président de la République a même reconnu des défaillances notoires dans le dispositif militaire. On n’a pas besoin d’être un expert pour se rendre compte de cette triste évidence.

Ce n’est pas le moment d’accabler nos vaillants soldats qui exercent leur mission sacrée de défense de l’intégrité territoriale et de la protection des personnes et leurs biens dans des conditions particulières difficiles. Il faut au contraire, rendre un hommage mérité à ces braves fils alignés au front. Que peut-on attendre d’une armée qui ne dispose pas d’un seul hélicoptère de combat ? La détermination, la bravoure et l’engagement ne suffisent pas à venir à bout de l’ennemi. Ne perdons pas de vue que la reconstruction de l’armée ne peut pas se faire du jour au lendemain.

Il faut du temps pour que nous puissions avoir une armée à hauteur de nos ambitions. Pour arriver à cette fin, il faut d’énormes sacrifices. L’exemple doit venir en premier lieu des dirigeants qui doivent se résoudre à  mettre fin aux investissements de confort au profit de l’acquisition d’importants moyens militaires notamment aériens au profit de l’armée.

Ça suffit maintenant avec les dépenses de prestige visant à satisfaire les désirs mégalomanes d’une élite défaillante. La dynamique d’acquisition en cours de quelques avions de combat doit être accélérée pour forcer le respect des autres nations pour le Mali, désormais traîné dans la boue aujourd’hui.

Chiaka Doumbia

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