Financement bancaire des entreprises au Mali : 380,8 milliards de FCFA de créances en souffrance dans les banques

Les créances en souffrance brutes du système bancaire malien se sont établies à 380,8 milliards de FCFA en fin décembre 2016, soit une hausse de 47,7 milliards de FCFA.     C’est ce qui ressort de la communication faite par le Directeur général de la Banque Malienne de Solidarité, Babali Ba, assisté de son Directeur de l’exploitation, Mamadou Dia sur le thème ‘’financement bancaire des entreprises au Mali : Défis et opportunités’’. C’était le 17 mars dernier au village artisanal de Ségou lors de la 7ème édition des journées de concertation entre l’association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali et la presse privée.

D’entrée de jeu, Babali Ba dira que les banques jouent un rôle très important auprès des entreprises de production de biens et de services du secteur privé grâce à la mise en place de financements adaptés à leurs besoins d’investissement et d’exploitation. « Ce faisant, les banques contribuent efficacement à tirer la machine économique qui impacte positivement la vie quotidienne des populations », a fait savoir le directeur général de la BMS. Selon le conférencier, le financement des entreprises maliennes a connu une progression notable au cours des cinq (5) dernières années. « Les crédits  octroyés aux entreprises maliennes sont passés de 1 175 milliards en 2012 à 2 205 milliards en fin 2016, soit une hausse annuelle moyenne de 22% contre une progression annuelle moyenne du PIB estimée autour de 5,5% », a-t-il souligné.

Agriculture, sylviculture,  pêche, secteurs sous-financés

Les crédits à court terme représentent près de 60% de l’ensemble des crédits accordés soit une augmentation de 81% sur la période 2012-2016. « S’agissant des crédits à moyen terme, leur hausse de 111% sur la période susvisée est imputable aux crédits d’investissement mis en place en faveur des clients évoluant dans les secteurs de l’agro-industrie, des bâtiments et travaux publics  et de l’industrie des boissons. Quant à la hausse des crédits à long terme (93% en 5 ans), elle est liée essentiellement aux crédits d’investissement mis en place pour l’installation d’une usine de ciment au Mali », a déclaré Mamadou Dia.

Dans la répartition sectorielle des crédits, on se rend compte que le secteur d’activité suffisamment financé est le commerce général avec 41 à 45%. L’industrie manufacturière, l’électricité, l’eau, le gaz, le transport, les entrepôts et les télécommunications, les assurances, les affaires immobilières et services sont des secteurs moyennement financés avec un taux qui varie entre 6,1% et 13%. Les secteurs sous-financés sont l’agriculture, la sylviculture, la pêche et les industries extractives.

De l’avis de Babali Ba, les établissements bancaires doivent faire face à de nombreux défis. Il s’agit entre autres de la faiblesse constatée dans l’élaboration des plans d’affaires habituellement appelés « business plan » et de la mauvaise qualité des états financiers souvent présentés aux banques ; les insuffisances constatées dans la gestion et la gouvernance des entreprises ; les contraintes liées à l’environnement juridique, judiciaire et fiscal ; l’insuffisance ou la faiblesse des mécanismes de partage des risques.

La problématique des impayés a occupé une place importante dans l’exposé du thème central de cette 7ème édition. Selon le Directeur général de la BMS, une des plus grosses difficultés des banques réside dans l’importance des créances en souffrance. « Les impayés sont relativement importants et préoccupent le système bancaire. Les créances en souffrance brutes du système bancaire malien se sont établies à 380,8 milliards de FCFA en fin décembre 2016, soit une hausse de 47,7 milliards de FCFA ou 15% par rapport au niveau de décembre 2015 et de 46%  par rapport à décembre 2014 », a-t-il souligné.

Selon lui, « les crédits en souffrance représentent 16,2% du total des crédits mis en place par les banques maliennes en 2015 contre une moyenne de 14,4% pour l’ensemble des banques de l’UEMOA. En 2015, le Mali s’est classé en 4ème position en termes de crédits en souffrance, ce que nous appelons dans notre jargon taux de dégradation de portefeuille, après la Guinée-Bissau, le Burkina et la Côte d’Ivoire. Le taux de dégradation du portefeuille des banques est l’un des indicateurs de l’environnement des affaires pour de potentiels investisseurs », a-t-il indiqué.

Les impayés tuent la banque

Les origines des impayés constituant les créances en souffrance sont liées à l’opération financée, à la défaillance du maître d’ouvrage et au comportement de la clientèle. « L’analyse de la répartition sectorielle des crédits en souffrance fait apparaître une forte concentration des impayés sur le Commerce », a fait savoir le directeur de l’exploitation de la BMS.

Pour juguler la croissance des impayés et assainir le portefeuille des banques, Babali Ba a évoqué une série de dispositions prises par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Il s’agit de la création de la centrale des risques, de la centrale des incidents de paiement et du bureau d’information sur le crédit avec Crédit Info-Volo. Avant d’accorder un prêt, les banques procèdent à la collecte des renseignements commerciaux.

Guichet Unique, plus avantageux pour la création d’entreprise

A en  croire, le Directeur général de la BMS, malgré les difficultés et les défis à surmonter par les banques et les entreprises au Mali, des opportunités restent à saisir tant pour les entreprises en création qu’en extension afin de faciliter leur développement. Il a cité les facilités liées à la création d’entreprises à travers le « Guichet Unique » et au Code des investissements du Mali, l’existence de fonds de garantie ou des garanties liées aux financements des entreprises. Selon lui, le Guichet Unique est un guichet de facilitation qui permet à l’investisseur d’accomplir en un seul et même lieu toutes les formalités liées à la création de son entreprise.

Dédié à la promotion et au développement des entreprises, a affirmé Babali Ba, le Fonds de Garantie pour le Secteur Privé (FGSP) peut apporter sa garantie aux banques jusqu’à 50% du montant du financement avec un plafond de 500 millions de FCFA de garantie. Des structures comme le Fonds Auto-Renouvelable pour l’Emploi (FARE), l’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (APEJ) et l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE) apportent des garanties au financement bancaire pour les projets d’investissements.

Au niveau communautaire, il existe un dispositif de soutien au financement des PME/PMI dans l’UEMOA. Le  Conseil des Ministres de l’UEMOA, lors de sa session du 29 septembre 2015, a adopté un dispositif de soutien au financement des PME/PMI dans l’espace communautaire.

En conclusion, le conférencier a souligné qu’il serait utile de mettre en œuvre dans les meilleurs délais le dispositif d’appui élaboré par la BCEAO avec le cadre de soutien au regard de l’importance des entreprises privées et des banques dans la croissance de l’économie nationale. Il a exhorté les opérateurs économiques à un comportement citoyen, à améliorer leur organisation et à tenir une comptabilité fiable afin de bénéficier de financements plus importants pour les opérations notamment celles liées aux investissements.

Le Ministre de l’Economie et des Finances, Dr Boubou Cissé, dira que sans financement des PME, il n’est pas de création d’emplois. « C’est une problématique réelle au Mali mais qui est générale à l’ensemble des pays de l’UEMOA », a souligné le ministre Boubou Cissé sans oublier de mettre un accent particulier sur les efforts de l’Etat dans l’amélioration du climat des affaires.

Le Président de l’APBEF, Moussa Alassane Diallo a expliqué que les impayés tuent la banque et la croissance économique. Il n’a pas occulté la responsabilité du personnel des banques à l’étape d’instruction du dossier.

 Chiaka Doumbia

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