Ifoghas-Imghad : une rivalité tribale aux répercussions nationales

La rivalité des tribus Ifoghas et Imghad, nourrie par une haine entre Iyad Ag Agaly et Elhadji Ag Gamou, a de lourdes répercussions nationales sur la situation sécuritaire au nord du Mali.

Ces deux tribus se vouent une haine viscérale les amenant à se regarder en chiens de faïence depuis plusieurs décennies. Les Ifoghas veulent avoir une mainmise sur la région de Kidal avec le soutien de leurs alliés. A la fois conservateurs et esclavagistes, ils se considèrent comme les supérieurs des  Imghad. Mais la réalité entre ces deux tribus a pris une tournure dramatique dans les années 1990. En effet, les Ifoghas, forts du soutien du gouvernement de Bamako, ont sévèrement maté les Imghad. A l’époque, les Imghad n’étaient pas des alliés de Bamako. Cette situation semble avoir été exacerbée par l’inimité entre Elhadji Ag Gamou et Iyad Ag Agaly. Au centre, une singulière histoire de femme.

Les Ifoghas ont toujours été dans les bonnes grâces des autorités gouvernementales jusqu’à l’arrivée d’ATT, qui tout en gardant des relations plus ou moins privilégiées avec la puissante tribu de Kidal, noue d’autres alliances pour briser son hégémonie. Cela s’est traduit par une montée en puissance dans l’administration régionale des cadres que les Ifoghas considèrent comme leurs « vassaux ».

Les Ifoghas, notamment Iyad Ag Agaly, n’ont jamais accepté que le Général Gamou vienne les diriger à Kidal. Le Président ATT cède à la pression et nomme Gamou comme chef d’état-major particulier adjoint à la Présidence de la République. Toujours en signe d’apaisement, d’autres cadres sont envoyés dans des missions diplomatiques et consulaires. Avec le retour des ‘’Libyens’’, Gamou est dépêché à Kidal pour conduire les opérations. Il regroupe les membres de sa tribu de retour et les conduit à Koulouba où ils sont reçus par ATT. Le Colonel-major qu’il était alors, règne sans partage sur Kidal. A la chute de cette ville, il opte pour la ruse en déclarant son ralliement au MNLA avant de se rétracter pour se réfugier au Niger avec ses lieutenants. Les Imghad se sont toujours méfiés du Mnla comme de la peste. L’instinct de survie les amène à créer le Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia). « Si nous restons assis, le Mnla viendra nous égorger. C’est pourquoi nous avons créé le Gatia », nous a confié, à Alger en marge des pourparlers inter-maliens, un haut cadre de la tribu Imghad, membre fondateur du Gatia.

La rivalité entre les deux tribus soutenues par leurs alliés respectifs n’est pas de nature à arranger la coexistence pacifique entre les communautés. Du côté de la coordination des mouvements de l’Azawad ou du moins des Ifoghas, on soupçonne Gamou de vouloir venger la défaite infligée à sa tribu par les Ifoghas. Ceux-ci ne veulent pas qu’il mette les pieds à Kidal. Ce détail a, peut-être, fait l’objet d’un arrangement au cours des négociations d’Alger.

Chiaka Doumbia, Le Challenger n°1045 du jeudi 18 juin 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *