« L’accord dans l’impasse »

« L’accord pour la paix et la réconciliation au Mali est dans l’impasse ». Le mot a été lâché par le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies au Mali et Chef de la Mimusma, Mahamat Saleh Annadif dans une interview accordée à nos confrères de Studio Tamani. Le diplomate onusien reconnaît ainsi un constat largement partagé au sein de l’opinion nationale. Il ne faut pas chercher les causes de l’impasse dans laquelle se trouve la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation. Deux causes freinent la croissance de ce bébé béni par la communauté internationale.
Première cause : le manque de fermeté de la communauté internationale à l’endroit des responsables de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA).
Seconde cause : l’absence de leadership du gouvernement de la République du Mali.
La Minusma et les autres membres de la médiation internationale refusent de mettre au pas les petits traitres aventuriers de la CMA dont la seule légitimité est de prendre les armes contre la patrie. Comment peut-on mettre sur le même pied d’égalité un Etat souverain, même faible comme celui du Mali, et des groupes armés ? Depuis deux ans, les responsables de la CMA refusent toute présence des forces de défense et de sécurité et l’administration malienne à Kidal sous le regard impuissant, voire coupable, de la communauté internationale. En violation de toutes les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, on continue de nourrir au biberon du mensonge un groupuscule d’individus qui manquent de racines sociopolitiques pour revendiquer, au nom des populations qu’ils prétendent défendre. On permet à une bande d’aventuriers de jouer avec la vie des paisibles populations et l’avenir de la nation en prenant en otage l’ensemble du peuple malien. Chaque fois qu’il y a des points d’accord, les maîtres de Kidal entreprennent des manœuvres dilatoires pour torpiller le processus de retour à la normale.
Le manque de leadership du gouvernement de la République du Mali dont tous les efforts sur les plans législatifs et réglementaires sont relégués au second plan. Ainsi, la République est trimbalée dans les dunes de sable de Kidal par ceux qui s’illustrent chaque jour par la négation de leur propre signature. Le gouvernement du Mali n’a jamais réussi à profiter des erreurs de ceux qui sont qualifiés, dans les discours officiels, d’ex-rebelles ou de groupes armés signataires. L’incapacité de Bamako est telle que des sujets importants comme le cantonnement, le désarmement et l’intégration des combattants des groupes armés sont relégués à l’arrière-plan au profit de la mise en place des autorités intérimaires et de la révision constitutionnelle. Les autorités maliennes doivent comprendre que les mises en scène et les incantations ne peuvent pas faire bouger les dunes de sable.
Tant que les responsables de la CMA continuent à faire de la région de Kidal leur territoire conquis, il ne faut pas s’attendre à une normalisation de la situation. Tant que la communauté internationale continue à accorder son soutien à une bande d’aventuriers, la paix restera un mirage. Aucune paix durable ne peut se construire sur la base d’un tissu de mensonge.
La sortie de cette impasse dans laquelle se trouve l’accord pour la paix et la réconciliation, passe par une grande fermeté de la communauté internationale et la reprise en main par le gouvernement du Mali du leadership dans la mise en œuvre du document issu du processus d’Alger. Il faut privilégier les opérations de cantonnement et de désarmement, les préparatifs des élections communales partielles, locales et régionales. En lieu et place de la révision de la Constitution qui divise tant, il faut convaincre le gouvernement à prendre des mesures législatives pour ouvrir le Haut conseil des collectivités aux représentants des autorités traditionnelles, aux femmes et aux jeunes.
C. Doumbia
Source: Le Challenger

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