Le brûlant dossier de DDRR

La mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali s’apprête à entrer dans une phase délicate avec le démarrage du programme de cantonnement, désarmement, démobilisation, réintégration et réinsertion (DDR). Le document issu du processus d’Alger dessine les contours de l’architecture de la nouvelle armée nationale sous l’appellation « des forces armées et de sécurité reconstituées ».

Dans sa réplique au dernier rapport trimestriel du Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye Diop, a invité les mouvements signataires de l’accord à coopérer de bonne foi dans le processus de cantonnement et de DDR pour la réussite de ces programmes indispensables à la stabilisation et à la restauration de la sécurité au Mali.

L’une des finalités du programme de désarmement, démobilisation, réintégration et réinsertion (DDR) concerne les questions de réinsertion, d’intégration et de réintégration des ex-combattants, en tenant compte de tous les paramètres pertinents, y compris les impératifs de réconciliation nationale et de renforcement de la cohésion nationale. Il s’agira de l’intégration des ex-combattants au sein des corps constitués de l’Etat y compris les forces armées et de sécurité, ou de leur réinsertion dans la vie civile.

L’intégration des combattants au sein des Famas pour donner naissance à l’armée reconstituée est le dossier brûlant que le Général de division Gabriel Poudiougou, président de la commission d’intégration et la hiérarchie militaire doivent traiter en parfaite intelligence avec les décideurs politiques. Au sein des Famas, les plaies ne sont pas encore cicatrisées. Et on a encore à l’esprit les désertions de ceux qui ont rejoint les rangs de la rébellion.

Le traitement du cas des déserteurs de l’armée est l’une des choses les plus difficiles. Doivent-ils réintégrer les rangs d’une armée qu’ils ont trahie pour s’allier à l’ennemi ? Si oui, avec quel grade ? Bénéficieront-ils d’un rappel de salaire ? S’agissant des jeunes combattants, avec quel grade intégreront-ils ? Celui qu’ils portent au sein des groupes armés ? Voilà des questions délicates à trancher.

Dans leur analyse de l’incapacité des forces armées et de sécurité à faire face à la situation au nord en 2012, les observateurs omettent délibérément la désertion de certains « éléments intégrés » dont une frange importante a trahi le drapeau national pour rejoindre les rangs de la rébellion ou des groupes dits djahadistes. Au cours de l’une de ses visites aux éléments du général Gamou cantonnés au Niger en pleine occupation des régions du nord, le ministre de la défense et des anciens combattants de l’époque, Yamoussa Camara, qui croupit en prison depuis plus de deux (2) ans, avait évoqué la désertion comme l’une des causes de la débâcle de l’armée.

Les responsables des groupes armés auraient réussi, au bout des tractations, à obtenir des garanties sur la présence significative de leurs combattants intégrés parmi les éléments des forces armées et de sécurité appelés à être déployés dans les régions du nord. Un arrangement signé entre les différentes parties existerait dans ce sens. Il s’agit là d’un piège mortel qui consiste à commettre les mêmes erreurs que les précédents régimes qui ont cédé au chantage des chefs rebelles en laissant les éléments intégrés constituer l’ossature de l’armée au nord.

Il faut maintenant tirer les leçons des erreurs du passé pour poser les jalons d’une paix durable. Sinon demain, ce sera trop tard.

C. Doumbia

Source: Le Challenger

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