Les tontines à Bamako : Une autre forme d’épargne pour le bien des femmes

La tontine est un regroupement de femmes qui s’unissent sur la base des affinités, des liens de parenté, de la proximité ou de la catégorie sociale. Dans une démarche informelle, ces femmes cotisent de façon périodique (hebdomadaire ou mensuelle). La somme ainsi collectée est rétribuée à tour de rôle aux différents membres. Cette pratique qui consiste à rendre la femme financièrement autonome, est souvent soutenue par certains époux.

Arabani (rencontre hebdomadaire du mercredi) ou Taratani (rencontre hebdomadaire du mardi), chaque tontine a un nom. La cotisation de la tontine se fait autour d’une somme fixée et acceptée par toutes au préalable. Le montant de cette cotisation varie en fonction du portefeuille des membres de la tontine. Mensuellement, certaines femmes cotisent entre 5000, 10.000 jusqu’à 15.000 FCFA par personne et par mois. Compte tenu du montant, le nombre des membres du groupe est relativement limité. Pour ce qui concerne les tontines hebdomadaires, le montant de la cotisation varie de 1000 à 1500 FCFA. Le nombre de participantes peut s’élever jusqu’à 30 ou 40 personnes. Dans certains cas, le montant collecté est souvent important pour permettre aux bénéficiaires d’entreprendre une activité génératrice de revenus.

Si certaines femmes arrivent à s’en sortir, d’autres se voient dans l’obligation de faire recours à leurs époux ou leurs fils ou frères. C’est le cas de Mme DidjaTouré de Djélibougou en Commune I du district de Bamako. « Cela fait 10 ans que je suis dans une tontine. Avec cet argent, j’arrive à subvenir à mes petits besoins. La tontine est une économie forcée. Elle te permet de réaliser les projets. Mon mari payait avant, mais maintenant il s’en est débarrassé. Comme je ne travaille pas, je demande le soutien de mes fils ou de mon frère pour pouvoir payer la cotisation fixée. Malgré cela, à chaque fois que je reçois la somme, j’appuie mon mari à régler certaines défenses. Tout simplement parce que l’homme et la femme sont complémentaires. Je pense que pour qu’une tontine soit parfaite, il faut que toutes les femmes soient justes et honnêtes entre elles, qu’elles tiennent leurs paroles, qu’elles aient un esprit collectif, qu’elles sachent que dans toute chose il y a des difficultés, et que c’est seulement en se donnant la main qu’elles peuvent les surmonter».

Ibrahim Berthé, domicilié à Kalaban Commune V du district de Bamako, n’est pas contre cette pratique, mais il demande seulement que le montant fixé par ces femmes ne soit pas exorbitant. « Un montant trop élevé peut pousser la femme à détourner le prix des condiments. Elles peuvent également arriver à faire des choses pas normales dans le foyer. Personnellement, je ne suis pas contre le fait que ma femme adhère à la tontine, si elle n’en abuse pas. Mais j’aurais quand même préféré que si elle reçoit son argent, elle m’aide un peu dans les dépenses de la famille. Je pense que c’est également le souhait de tous les autres maris. Le conseil que j’ai à donner à nos femmes, c’est que si elles s’organisent en tontine, qu’elles fassent en sorte que le montant fixé soit abordable à toutes. Par exemple une femme qui ne travaille pas ne peut pas faire une tontine avec celles qui travaillent. Il faut que l’ensemble des femmes aient le même statut social», a-t-il expliqué.

Par contre, Sounkoura Konaté de Korofina Nord en commune I, estime que la tontine est souvent source de problèmes et peut amener des frustrations entre les femmes, des mésententes et de la tricherie. « Il est fréquent que certaines femmes encaissent l’argent de la tontine et refusent de payer pour les autres. Ce n’est pas normal », regrette-t-elle.

Quant à Aboubacar Dembélé de Niamana, il a précisé que « certaines femmes défalquent de l’argent sur les frais du repas familial pour pouvoir payer la tontine. Cela est souvent dû au fait que les maris ne donnent rien à leurs femmes. Donc tout ce qu’elles trouvent à faire, c’est de couper l’argent de la popote ».

A terme, même si les tontines sont sources de difficultés entre les membres, elles génèrent des ressources permettant aux femmes d’être financièrement autonomes.

Maïmouna Berthé, Stagiaire
Source: Le Challenger

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