L’espoir ‘’confisqué’’ !

À travers le pays et à l’extérieur du Mali, de nombreux concitoyens ont pris d’assaut les rues et places publiques pour exprimer leur ras-le bol de la gouvernance et leur intense désir de voir les choses conduites autrement. C’est-à-dire avec plus d’orthodoxie. Ainsi, ont-ils dénoncé la gestion des affaires publiques sous la Présidence d’Ibrahim Boubacar Kéita qui avait si bien joué le rôle de candidat parfait que ses compatriotes séduits voyaient en lui la fin de leurs frustrations et humiliations.

L’image la plus emblématique est celle de ce jeune étudiant terminaliste de la Faculté de médecine fauché par les balles assassines d’un régime corrompu et incompétent pendant qu’il brandissait une pancarte rien que pour réclamer la bonne gouvernance. C’était lors d’une manifestation du Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP).

       Encore plus déçus et surtout floués, ils étaient donc nombreux à espérer un réel changement au terme des mois de mobilisations et à y croire enfin le 18 août 2020 avec l’entrée en scène des militaires. Lesquels, après avoir mis le Président Ibrahim Boubacar Kéita en lieu sûr, ont rassuré leurs compatriotes en déclarant parachever leur combat pour le ‘’Mali Kura’’ ! La Refondation ! Une gouvernance vertueuse ! La lutte contre la corruption !

Qu’en est-il de cet espoir depuis cette date ? L’amer constat qu’il est bel et bien confisqué par une poignée d’individus perpétuant les mêmes pratiques ayant poussé les populations dans les rues. Une affaire de copains et de copines !

Tout porte à croire que le groupe d’officiers propulsés au devant de la scène, vraisemblablement par des pions d’un régime agonisant sous la pression populaire, n’a pas la volonté ni la vision, encore moins les compétences pour opérer le changement. Comme s’ils n’ont rien entendu des colères des millions de Maliens portées par les organisateurs des manifestations contre cette gouvernance qui a fait du Mali la risée du monde entier.

On assiste, incrédules, à une sordide ruée vers les postes «juteux». La Transition est devenue une opportunité pour caser ou promouvoir des proches. Même des fonctions dont l’exercice requiert une certaine technicité ne pas sont épargnées. Nombreux sont leurs compatriotes à se demander si le Président de Transition, le Premier ministre et certains membres assument pleinement leurs fonctions.

Parmi les centaines de Maliens mobilisés pour exiger le changement dans le sens de la vertu, il y a eu mort d’hommes : de tout jeunes gens aux mains nues par balles. Ont-ils été tués pour un tel Mali ! Force est de constater que l’espoir suscité par les mouvements contre la mauvaise gouvernance a été confisqué parce certains acteurs dont la trahison a permis à l’opinion de découvrir leurs visages hideux. Pour les avantages et autres privilèges de l’exercice éphémère du pouvoir temporel (gouvernement, CNT) ils ont œuvré à jeter le discrédit sur les véritables forces du changement. En atteste le malaise qui persiste. De la désignation du Président de la Transition au choix du Premier ministre à la formation du gouvernement en passant par la désignation des membres du CNT. Qui trahit sera trahi.

Sont dans le plus grand désarroi car se plaignant aujourd’hui à leur tour de coups de Jarnac ceux-là qui ont trahi la mémoire des martyrs des 10, 11, 12 et 13 juillet 2020. Ils sont hantés par les morts de Badalabougou et les autres victimes de la lutte pour le changement, dont certaines portent leur handicap pour l’éternité ! Ils souffrent devant le tribunal de leur propre conscience, le pire des tribunaux sur cette terre-là.

1991, 2012 et 2020 ! Que d’occasions ratées par le Mali pour se mettre en scelle ! Et si chacun mesurait, ici et maintenant, sa responsabilité face à ces épisodes de notre histoire ? Qui a réellement servi le Mali et qui continue de se servir du Mali ?

Par Chiaka Doumbia

 

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