Mise en œuvre parcellaire des points de l’Accord : De la poudre aux yeux !

Le chemin de la paix au Mali est encore long et parsemé d’embuche. Enfanté dans les difficultés, l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger connaît les mêmes difficultés de mise en œuvre avec un goût réel d’inachevé. L’application parcellaire des points prévus dans l’Accord tels que l’installation des autorités intérimaires, l’organisation des patrouilles mixtes, l’organisation de la conférence d’entente nationale sur fond de division, ne garantit point le retour de la paix et de la réconciliation. La méthode est risquée et ressemble à de la poudre aux yeux.

L’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, signé en 2015, porte-t-il les germes de son inapplication ? A cette interrogation cruciale, on est tenté de répondre par l’affirmatif dans la mesure où la mise en œuvre de chaque point rencontre au sein même des parties signataires notamment les groupes armés, des oppositions et des résistances.

D’abord, l’installation des autorités intérimaires dans les régions du nord du pays. Prévue par l’accord, l’installation des autorités intérimaires censées être opérationnelles trois mois après la signature de l’accord, a rencontré de fortes résistances singulièrement avec la manifestation sanglante du 12 juillet 2016 à Gao. De report en report, c’est finalement au mois de février dernier, qu’elle a connu un début de concrétisation. A ce jour, l’installation de ces autorités intérimaires n’est pas effective dans toutes les régions concernées. Tombouctou et Taoudenit manquent toujours à l’appel.

Quant aux patrouilles mixtes, elles ne font pas l’unanimité au sein des acteurs sur le terrain comme en témoigne l’attentat suicide le 18 janvier 2017 qui a visé le camp du MOC à Gao. Aujourd’hui, ce point qui devrait non seulement servir dans le cadre de l’instauration de la confiance entre les forces armées maliennes et les groupes armés, mais et surtout assurer la sécurité des fameuses autorités intérimaires, n’est toujours opérationnel que dans la région de Gao malgré l’urgence.

C’est dans cette situation de chantiers inachevés que s’est ouverte le 27 mars dernier, la conférence d’entente nationale. Enoncée par l’Accord en son article 5 qui stipule : “ […], une Conférence d’entente nationale sera organisée durant la période intérimaire, avec le soutien du Comité de suivi et sur la base d’une représentation équitable des parties, en vue de permettre un débat approfondi entre les composantes de la nation malienne sur les causes profondes du conflit. Ce débat aura à prendre en charge, entre autres, la problématique de l’Azawad. Il devra dégager les éléments d’une solution devant permettre au Mali de transcender sa douloureuse épreuve, de valoriser la contribution de ses différentes composantes à l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale. Une Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale sera élaborée sur une base consensuelle, en vue de prendre en charge les dimensions mémorielle, identitaire et historique de la crise malienne et de sceller son unité nationale et son intégrité territoriale “.

Les conditions de démarrage de cette grande rencontre pour la réconciliation qui porte désormais le sobriquet de ‘’Train de la paix’’ ne garantissent pas les résultats escomptés.

Loin de nous une volonté de balayer d’un revers de main, les efforts consentis çà et là. Toutefois, il est à regretter que les chantiers ouverts restent inachevés et n’augurent pas de lendemains meilleurs pour la paix et la réconciliation.

Daouda T. Konaté

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