Non aux escadrons de la mort !

Le 25 juillet 2017, l’opinion publique nationale et internationale a appris avec consternation et stupéfaction la tentative d’assassinat contre le bloggeur activiste Madou Kanté dit « Maréchal Madou ». Ce jeune activiste qui tient un journal sur Facebook, a reçu vers 1 heure du matin des balles au niveau de sa poitrine au moment où il s’apprêtait à décrocher un appel téléphonique. Admis d’urgence à l’hôpital, il a reçu des soins et son opération a été un succès total. Des communiqués fussent de partout pour condamner cette tentative d’assassinat qualifiée de lâche, barbare et ignoble.

La Plateforme « Atè Abana, Touche pas à ma constitution » a organisé, le 25 juillet dernier sur l’esplanade de la Bourse du Travail une manifestation de soutien au jeune activiste au cours de laquelle elle a appelé au sens élevé de responsabilité du Président de la République. Trois membres du gouvernement se sont rendus à l’hôpital Gabriel Touré au chevet de la victime. Le ministre de la sécurité et de la protection civile et son collègue de l’économie numérique et de la communication ont publié des communiqués dans lesquels ils dénoncent cette atteinte grave à la liberté d’expression. Le gouvernement annonce qu’il assurera la prise en charge de tous les frais d’hospitalisation.
Dans ce pays, on a l’habitude d’enlever des animateurs de radio ou des journalistes, de les tabasser ou encore de les agresser autrement. Ce qui est arrivé à ce bloggeur activiste est un fait rarissime. Même la junte militaire du capitaine Amadou Haya Sanogo n’a pas osé tirer des balles sur ceux qui la critiquaient ouvertement.
D’autres journalistes déclarent avoir reçu des menaces de mort venant des personnes qui les appellent avec des numéros masqués. Il n’est pas difficile de démasquer tous ces petits lâches qui se cachent derrière des appels masqués pour proférer des menaces de mort. Ces pratiques sont honteuses pour la démocratie malienne.
Cette tentative d’assassinat et les menaces de mort interviennent dans un contexte d’escalade verbale entre les deux camps opposés dans le processus de révision de la Constitution du 25 février 1992. Elles interviennent aussi après les prises de position virulentes de certains leaders religieux en des termes très durs contre ceux qui les critiquent sur les réseaux sociaux. Elles interviennent également quelques jours après l’empêchement de la tenue d’un sit-in par des loubards de deux mouvements de jeunes devant l’ORTM. Elles interviennent dans un contexte de perturbation des réseaux sociaux notamment Facebook, devenu accessible avec le report du référendum à une date ultérieure.
A l’heure actuelle, il est difficile d’établir un lien entre cette tentative d’assassinat et les prises de position de cet activiste. Les enquêtes permettront d’en savoir plus sur ce crime. Sauf qu’elles n’aboutissent jamais.
Personne n’a intérêt à ce que le Mali bascule davantage dans la violence. On peut connaître où commence la violence mais personne ne sait où elle peut arriver.
Donc sachons raison garder. Que chacun s’assume. Il revient au gouvernement d’accomplir pleinement son devoir de protection des personnes et de leurs biens et de ne pas laisser la violence envahir l’espace public même si la gestion des affaires étatiques laisse penser à une véritable cacophonie au sommet de l’Etat. Il est incompréhensible que les autorités, notamment judiciaires restent indifférentes aux appels au meurtre lancés récemment lors d’une manifestation.
Non aux escadrons de la mort.
C. Doumbia
Source: Le Challenger

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