Parenthèse : Les Maliens sont bluffés

Révision constitutionnelle ou prolongement du mandat présidentiel de 5 à 7 ans ? Créer une situation de confusion généralisée, de chaos mesuré pour empêcher la tenue régulière en 2018, (conformément à un article alambiqué de notre constitution) d’élections présidentielles, histoire d’ajouter deux années supplémentaires au mandat (de 5 à 7 ans) du Mandé Mansa.
Depuis quelques jours, une nouvelle thématique s’est bien invitée dans les débats quotidiens : la révision constitutionnelle. Oui ou non faut-il réviser le texte le plus important de notre République ? Pourquoi doit-on le faire maintenant, quand on sait que le pays est depuis plusieurs mois sous tutelle sécuritaire et que son contrôle souverain échappe totalement, ou en partie, à nos plus hautes autorités. Il se pose alors la question de son opportunité ou de son utilité pratique. Il n’en fallut pas tant, pour susciter la rage, la colère, voire le dépit de certains « patriotes sincères et démocrates », c’est-à-dire ceux qui ne profitent en rien des opportunités matérielles et financières du pouvoir « erratique » d’IBK.
Des jeunes « manipulés » en rupture de ban avec les textes basiques
Méfions-nous, cependant de l’amalgame ou du mélange des genres, comme c’est malheureusement le cas dans de nombreuses revendications maliennes. Il n’est pas exagéré de dire que beaucoup de jeunes « manipulés » et en rupture de ban avec les textes basiques de notre République, sont mobilisés depuis quelques jours contre cette « révision constitution », sans vraiment savoir ce qu’est en réalité une Constitution. Cette forme de lutte insensée et désincarnée, sans en connaître par cœur les vrais fondements, peut conduire naturellement à une situation, ô combien regrettable, d’anarchie et d’incompréhensions généralisées. Et c’est bien ce que recherchent les rares « penseurs » ou éminences grises du régime IBK, ou pour parler vrai, de la galaxie IBK.
En fait, de quoi s’agit-il ? Elu avec un score historique de plus de 77% (un score à la soviétique, diront certains), lors des élections présidentielles de 2013, le Président IBK sait, à travers divers canaux, que son peuple, ou tout au moins, une bonne partie du peuple, est bien prêt à lui faire payer par les urnes, tous les nombreux avatars qui ont rythmé son régime. La vie quotidienne des maliens est infestée par les nombreux scandales financiers. Au terme de trois années de gestion, personne ne se fait plus aucun doute sur l’orientation cynique et oligarchique de son régime. Ce n’est plus « le Mali d’abord », mais évidemment « ma famille d’abord », avec comme chef des opérations le fils du Président, l’homme le plus puissant d’un pays dont le tiers est soumis depuis des années aux caprices les plus insupportables d’irrédentistes et de terroristes touaregs.
Mais, comme il faut s’y attendre, ces années de jouissance exclusive au profit d’un clan, d’une minorité (ministres et députés) resteront-elles impunies ? Tout le monde sait que le scenario rocambolesque de 2013 ne sera jamais répétée et du coup, il n’est guère prémonitoire de dire qu’au regard du climat social actuel, le « Kankeletigui » sera « très » difficilement rééligible, même en cas de probable ou hypothétique second tour. Les analystes proches du Président ou de Koulouba n’ont sans doute pas fait une lecture claire et approfondie de l’ensemble des résultats électoraux issus des élections communales de novembre dernier. Des villes emblématiques comme Sikasso et son extraordinaire vivier électoral, Bougouni, Mopti, etc. échappent désormais à tout contrôle du parti des tisserands.
Des communes « rebelles »
La liste des communes « rebelles » est longue et chargée de nombreux enseignements, pour ceux qui savent encore lire entre les lignes. Il n’est pas sûr, que les communes acquises à sa cause soient aujourd’hui nombreuses dans l’entourage immédiat du président, tant la course pour le fric facile est devenue la principale préoccupation des cadres du RPM et de ses appendices. Un parti présidentiel qui constate, la mort dans l’âme et à travers des signaux bien réels, que le peuple l’attend de pied ferme. Mais alors, dans ces conditions, que faire ? Créer une situation de confusion généralisée, de chaos mesuré, pour empêcher la tenue régulière en 2018, (conformément à un article alambiqué de notre constitution) d’élections présidentielles, histoire d’ajouter deux années supplémentaires au mandat (de 5 à 7 ans) du Mandé Mansa. Voilà bien le délirant « stratagème » qui se met petit à petit en place pour arriver à ses fins. En verité, c’est le schéma tant rêvé par le pouvoir qui se concrétise à travers le petit mouvement de révolte ou de rejet de cette constitution. IBK ne veut point d’une nouvelle constitution, remaniée ou pas. Ce qui l’intéresse, c’est de pouvoir créer, encore une fois, la « chienlit » (ce mot qu’il affectionnait tant, lorsqu’il était Premier ministre) et d’y réaliser ce « fantasme » monarchique, selon ses détracteurs. Mais, pour y arriver le Président peut compter naturellement sur la connivence ou la compromission de plusieurs leaders et cadres politiques de la majorité présidentielle.
B. Camara
Correspondance particulière
Source: Le Challenger

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