Parents et épouses de bérets rouges assassinés : Une longue quête de vérité et de justice

Regroupés au sein d’une association, les parents et épouses des militaires bérets rouges assassinés se battent depuis quatre ans pour la manifestation de la vérité et l’aboutissement de la justice. Ils se sont constitués Partie Civile et bénéficient du soutien de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et de l’Association Malienne des Droits de l’Homme.parents-beret-rouge-001
Ce mardi 06 décembre 2016, à l’entrée principale de l’hôtel Kaaky Palace de Sikasso, sont postés deux policiers dont un en arme. Cet hôtel sert de quartier général pour plus de 40 membres de l’Association des Parents et Epouses des militaires bérets rouges assassinés (APEMBRA). Avec des lunettes fines, un foulard sur les épaules, la présidente de l’APEMBRA, Mme Sagara Bintou Maïga, une dame à la carrure imposante, est assise sous les arbres dans la cour de l’hôtel, une marmite près d’elle. A ses côtés, se tient Sira Kané faisant face à Aminata Faye. Non loin, une autre dame, Mme Maïga Zeinab Touré, est couchée sur une natte. Une jeune femme appelée Tantie, s’affaire tranquillement à mélanger les condiments pour concocter le déjeuner. C’est autour de cette cuisine de fortune que nous avons entamé un échange avec la Présidente de cette association, une femme engagée, une vraie combattante de la vérité et de la justice. Soudain, un véhicule de la Garde nationale pénètre dans la cour de l’hôtel. Se levant de sa natte, Mme Maïga Zeinab Touré se demande « Que vient chercher ce véhicule ici ? ». Un lieutenant de la Garde accompagné d’un jeune du nom de Fané, s’avance pour saluer les dames et chercher à voir le Colonel-major à la retraite, Soungalo Coulibaly.
Dans l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, Mme Sagara Bintou Maïga soutient « Nous mangeons et dormons bien. Nous sommes logés dans ce grand hôtel grâce à nos avocats, les défenseurs des droits de l’homme ». Elle affirme que son fils aîné figure parmi les militaires exécutés et jetés dans une fosse commune à Diago. Jusque-là, aucun soutien du gouvernement de la République du Mali, déplore-t-elle. A l’hôtel, Mme Sagara et ses compagnons se sont organisés comme une famille avec des repas communs préparés par les membres de l’association. Chaque matin, les plus jeunes femmes se rendent au marché pour acheter les condiments. Elles sont assistées par les moins jeunes, comme c’était le cas ce mardi matin.

« Nous sommes tous des fous ici »
« Nous voulons que les unes et les autres se sentent à l’aise et oublient la mort de leurs fils ou époux », explique-t-elle.
Une autre dame, mince, portant des lunettes, avance en direction de Mme Sagara à qui elle vient montrer des billets de banque. « Celle-là s’appelle Sirandou Makadji. Elle était plus grosse que moi. Son unique fils figure parmi les victimes », nous apprend la Présidente de l’APEMBRA. La perte de son fils unique a mis la dame Sirandou dans un état dépressif inquiétant.
Le Colonel major Soungalo Coulibaly arrive à ce moment et fait le compte-rendu de son échange avec le jeune Lieutenant de la Garde. Le Colonel-major à la retraite fait part de ses inquiétudes sur le dispositif sécuritaire en place et plaide pour une meilleure protection des parents des victimes sans oublier de mettre en garde les autorités régionales.
« Ici c’est Fatobougou (le village des fous). Nous sommes tous fous ici. Un jour, nous sommes contents, le lendemain, nous nous enfermons dans nos chambres. Imaginez notre souffrance. On montre nos enfants à la télé, les faisant passer pour des mercenaires, après on les assassine. Les assassins de nos enfants se tapent la poitrine. Vous les voyez dans la salle. Certes, nous souffrons de la perte de nos enfants mais, eux ne sont pas plus sereins, ils ne tiennent pas à leur place. Ces fréquents va-et-vient entre les toilettes et la salle prouvent qu’ils ont peur », nous confie la présidente. Fait notable, au QG des parties civiles, on est très remonté contre l’honorable Oumar Mariko.
Il est 12h15, la sauce est presqu’à point, il reste à s’occuper du riz. La présidente insiste auprès des jeunes femmes afin qu’elles accélèrent la cadence. « C’est un procès inédit », affirme-t-elle tout en prenant son téléphone pour nous montrer les images sur lesquelles on aperçoit des soldats couchés dans une fosse, les mains liées au dos par des cordes. « Je considère Blonkoro Samaké comme un grand-frère. C’est lui qui a intégré mon enfant dans l’armée. Et c’est encore lui qui a mis le nom de mon fils sur la liste des exécutions. Comment comprenez-vous cela ? Nous voulons la justice sans politique ni magouille. Nous voulons la vérité. Qu’on laisse la justice faire son travail », souhaite Mme Sagara.
En dépit des inquiétudes sur leur sécurité, Mme Sagara et ses compagnons continuent leur longue quête pour la manifestation de la vérité et l’aboutissement de la justice. Ils fondent beaucoup d’espoir sur ces assises de Sikasso.
Chiaka Doumbia* envoyé spécial à Sikasso*

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