Projet de révision de la constitution du 25 février 1992 : Les avis et attentes des habitants de Goundam recensés par Trait d’Union

Le mouvement Trait d’Union a réuni les leaders d’opinion du Cercle de Goundam lors d’une conférence-débat sur le projet de révision de la Constitution du 25 février 1992. C’était le 24 juin dernier dans la salle de conférence du Centre Multifonctionnel des Femmes de la Commune urbaine de Goundam.
Ce 24 juin 2017, les différentes têtes d’affiche de la ville de Goundam s’étaient donné rendez-vous dans la salle de conférence du Centre Multifonctionnel des Femmes pour répondre à l’appel du Mouvement Trait d’Union dont la coordinatrice n’est autre que le maire de la commune urbaine de Goundam, Mme Seck Oumou Sall. La cérémonie était présidée par le Préfet du cercle de Goundam, Karim Coulibaly, accompagné du Sous-préfet central de Goundam, Famoro Kamissoko. On notait la présence de l’iman de Goundam, du chef de quartier, des présidentes des mouvements de femmes et de nombreux jeunes leaders. En un mot, dans la salle on ne comptait que les leaders d’opinion de Goundam.
Mme Seck : « Notre démarche est claire »
Avant la cérémonie, des messages du mouvement Trait d’Union pour la cohésion sociale en plusieurs langues ont été diffusés en boucle dans la salle. Le 1er adjoint au maire de la commune urbaine de Goundam, Mahamoud Abdoulaye Sall, a souhaité la bienvenue aux participants en les appelant à être plus attentifs à la communication qui sera faite lors de cette journée. « Que Dieu préserve notre patrie commune : le Mali ». C’est par ces mots que la coordinatrice du Mouvement Trait d’Union a commencé son discours. Mme Seck a remercié les participants pour avoir répondu à l’appel de Trait d’Union, un mouvement composé de volontaires issus de la diversité culturelle. Créé en 2012, le Mouvement Trait d’Union a pris l’initiative d’organiser des conférences-débats afin d’apporter sa contribution à la compréhension de la loi portant révision de la Constitution de 1992. « Pour nous, l’information est un droit. On vous la donne ou vous partez à sa recherche. Nous avons compris que ceux qui n’ont pas compris sont nombreux. Notre objectif est de vous aider à comprendre. Notre démarche est claire. Nous voulons comprendre. Nous resterons fidèles à notre crédo. Nous avons l’ambition de faire remonter les préoccupations des populations», a-t-elle souligné.
Le Préfet du cercle de Goundam, Karim Coulibaly, a remercié la coordinatrice de Trait d’Union pour cette initiative qui consiste à expliquer ce qui est dans la Constitution. « Il faut que cette Constitution soit expliquée aux gens. Ils ne sont pas venus pour un Oui ou un Non », a affirmé le préfet Karim Coulibaly qui a annoncé que le référendum a été reporté et non annulé.
Des échanges fructueux reflétant les préoccupations des citoyens
Après les discours, les participants ont écouté l’exposé liminaire fait par Me Kassoum Tapo, Ministre des droits de l’homme et de la réforme de l’Etat lors de la conférence-débat du 17 juin 2017 à la Maison de la Presse. Pendant plusieurs heures, l’assistance a suivi religieusement l’exposé du ministre Tapo qui a détaillé les grandes innovations contenues dans la loi. L’intervention de Tapo a été suivie par celle de Mahamoud Hamèye Cissé, administrateur civil et constitutionnaliste, qui a évoqué cette réforme dans certaines de ses dimensions. Ces deux exposés ont été ramassés en langue sonrhaï par Amadou Oumar Sangho du Recotrade de Goundam, au grand bonheur de nombreux citoyens. A sa suite, la coordinatrice Mme Seck Oumou Sall s’est longuement exprimée en sonrhaï, la langue locale.
Dadié Touré, un jeune leader a déclaré qu’il faut arrêter de dire que les pouvoirs du Président ne sont pas renforcés. Il faut aller à l’apaisement, a reconnu Dadié Touré qui a salué l’initiative. Selon lui, la rencontre de Mopti n’est qu’une simple audition des citoyens. Il s’agit, a-t-il lancé, de permettre de tripatouiller la Constitution. Pour lui, le projet devrait faire l’objet d’une approbation avant son vote. L’ancien maire de Goundam, Aboubacar Hanga, a évoqué la question sécuritaire. Si la campagne pour le référendum peut se faire à Goundam, a-t-il fait savoir, tel n’est pas le cas pour les autres communes du Cercle. « Si ce n’est pas Mme le maire, qui est le membre du gouvernement qui est prêt à venir nous expliquer le texte », a laissé entendre Aboubacar Hanga. « Est-ce que les conditions sécuritaires sont réunies pour aller à un référendum, même si la révision est opportune. La nomination du 1/3 du Senat par le Président n’est-il pas un avantage confortable pour la majorité présidentielle ? », s’interroge-t-il. Dougal Maïga, un autre jeune leader, a affirmé la neutralité de la jeunesse. « Nous ne sommes pas avec l’opposition encore moins avec le pouvoir. Nous sommes avec notre avenir. J’étais à l’audition de Mopti, une audition insuffisante », a déclaré Dougal Maïga. Selon lui, le peuple est révolté à cause de certains comportements du gouvernement.

« On a voulu cacher des choses au peuple »
Mme Dicko Bintou Askia a fait savoir qu’on a d’autres choses à faire dans ce pays qu’une élection référendaire. Il faut d’abord faire des prières pour la paix. A en croire Hameye Cissé, la première Constitution dans l’histoire de l’humanité est la charte de Kouroukanfouga. Le Mali, a-t-il affirmé, a connu les droits de l’homme avant la France. Selon lui, la Cour constitutionnelle ne peut pas dire que la situation d’insécurité permet de tenir le référendum. « Il faut que la paix revienne avant de parler de révision de la Constitution », a-t-il déclaré. Pour Mariam Wallet Abdoulaye, conseillère communale, « Les personnes ont d’autres soucis que le référendum. On ne peut pas se déplacer dans le cercle sans se faire déposséder de ses biens », a-t-elle avancé en mettant l’accent sur la situation sécuritaire dans la zone. « Nous n’avons pas vu la copie de la Constitution. Personne n’est contre la révision mais nous n’avons pas été associés…. Je pense qu’il ya des choses que l’on a voulu cacher au peuple…. Les changements, même les plus souhaités, ont des inconvénients », a souligné Bédouane Seibane. Il voit en la désignation du 1/3 des sénateurs par le Président de la République un moyen de coopter les leaders religieux ou de nommer les membres de sa famille.
Alidji Baby : « Il faut faire attention pour ce pays »
Le doyen Alidji Baby a remercié Mme Seck pour cette bonne initiative. « Jamais, il n’y a eu une rencontre de ce genre pour rassembler une telle composante de la population », a-t-il soutenu. En toute honnêteté, a précisé le doyen Baby, le ministre Kassoum Tapo est une personne qui maîtrise son sujet. « Il faut faire attention pour ce pays. Ce qu’on est en train de faire risque de coûter cher à ce pays. Peut-être que ce jour-là, je ne serai pas là mais nos enfants vont payer cher », a-t-il alerté. Selon lui, la révision de la Constitution est normale. « Que cette Constitution soit révisée ou pas, le Président de la République a les pleins pouvoirs…A mon avis ce n’est pas le problème. Il faut remettre les pieds sur terre. Aujourd’hui, nous ne sommes pas indépendants. Nos pays africains ne sont pas indépendants. Depuis 2012, ce sont des pays qui soutiennent notre pays. L’agitation ne sert à rien. Que tout le monde sorte, qu’on renverse ce régime, c’est le Mali qui va souffrir, ce sont les enfants qui vont souffrir », a expliqué le doyen Alidji Baby. Pour la stabilité et la paix, il a suggéré au Président de la République le renvoi du texte à une seconde lecture à l’Assemblée nationale afin de trouver un compromis.

Les pouvoirs du Président ne sont pas renforcés
Philo Cissé a défendu avec brio avec des exemples à l’appui le projet de réforme constitutionnelle. Il est favorable à la nomination d’1/3 des sénateurs par le Président de la République. Il adhère pleinement à la détermination de la politique par le Président, la nomination du Premier ministre et sa destitution par le chef de l’Etat. Selon lui, l’impossibilité pour le Président de démettre le Premier ministre peut créer des crises institutionnelles comme ce fut le cas dans un pays voisin qu’il n’a pas cité dans son intervention. Philo Cissé ne voit pas en quoi le projet renforce le pouvoir du Président de la République. Youssouf Dicko a évoqué dans son allocution, des inquiétudes sécuritaires pour la tenue du référendum sur l’ensemble du territoire national et surtout la participation massive des populations à ce scrutin. En prenant la parole, le vieux soudanais a déclaré que le Mali est né depuis longtemps. « Quand on tombe dans le gouffre on ne sort pas », a-t-il lancé.
Après les interventions, la coordinatrice de Trait d’Union a pris la parole contrairement à ses habitudes pour apporter quelques éclairages. Elle estime que les gens ont soif d’entrer dans la profondeur de cette Constitution. « Il n’y a pas de parti pris. Nous essayons d’être justes au niveau de Trait d’Union. Je pense qu’on s’est compris….c’est un tournant décisif de notre histoire qu’il faut traiter avec délicatesse », a-t-elle affirmé.
« Chacun a eu son compte »
Le Préfet du Cercle de Goundam a salué la qualité des débats. « C’était une rencontre d’explication et d’informations. Je pense que chacun a eu son compte. Comme elle l’a dit, ce n’est pas pour un Oui ou un Non mais pour se faire une religion. C’était un débat passionnant et non passionné. Il faut que vous expliquiez, rendiez compte à vos structures», a précisé le chef de l’exécutif local.
A la fin de la conférence, la coordinatrice de Trait d’Union a affiché une grande satisfaction. « Nos attentes ont été comblées. Nous sommes très contents de ce débat », a-t-elle fait savoir. Des discussions, Mme Seck Oumou Sall, a tiré trois constats majeurs : la situation d’insécurité, la non information des populations sur le texte et l’absence de consultation avant le vote du projet de loi à l’Assemblée nationale. Pour nous, a insisté Mme Seck Oumou Sall, l’essentiel est l’unité du pays, la préservation de la laïcité de l’Etat, le respect du jeu démocratique et la protection des droits de l’homme.
Ce rendez-vous a été une opportunité pour le Mouvement Trait d’Union d’expliquer la loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992 mais aussi de recueillir les avis et attentes des populations de Goundam sur une question aussi importante.
Chiaka Doumbia, envoyé spécial à Goundam
Source: Le Challenger

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