Régions non opérationnelles : Le CRNOP durcit le ton et menace les élections locales et régionales

Dans le but d’attirer l’attention des plus hautes autorités sur l’application de la loi du 2 mars 2012 portant création de nouvelles régions en République du Mali, le collectif des régions non opérationnelles (CRNOP) a organisé une grande rencontre à Bougouni avec des représentants venus des neuf nouveaux cercles concernés. C’était le samedi 25 février 2017 au stade Sakoro Mery Diakité sous la présence des notabilités de Bougouni, des élus locaux et des députés du cercle, ainsi que des représentants des neuf nouvelles régions concernées.

L’objectif de cette rencontre était de discuter avec les populations, interpeller le gouvernement sur le retard accusé dans l’application de cette loi, adoptée il y a presque cinq ans. ‘’Si rien n’est fait avant les élections locales à venir, il n’y aura pas d’élection dans les localités concernées’’. Tel est, en substance, le message livré au cours de cette rencontre par les différentes délégations venues soutenir l’idée de l’opérationnalisation des localités érigées en région par la loi de 2012.

Au cours de cette rencontre saluée, à sa juste valeur, par les notabilités de Bougouni, une déclaration dite ‘’déclaration de Bougouni’’ a été lue par le président du collectif Mamba Coulibaly avant d’en remettre une copie aux députés de Bougouni à l’attention des autorités de la République.

« Nous, populations des régions administratives créées par la loi 2012-017 du 2 mars 2012 non opérationnelles, à savoir Nioro, Kita, Nara, Dioïla, Bougouni, Koutiala, San, Douentza et Bandiagara, réunies ce jour 25 février 2017, au stade Sakoro Mery Diakité de Bougouni, déclarons ce qui suit à la bienveillante attention du gouvernement de la République du Mali.

-Vu la loi 2012-017 du 2 mars 2012, portant création de circonscriptions administratives en République du Mali ;

-Vu l’article 1er de ladite loi qui dispose : « article 1er, le territoire de la République du Mali comprend, le district de Bamako et les 19 régions suivantes : région de Kayes, région de Koulikoro, région de Sikasso, région de Ségou, région de Mopti, région de Tombouctou, région de Gao, région de Kidal, région de Taoudéni, région de Ménaka, région de Nioro, région de Kita, région de Dioïla, région de Nara, région de Bougouni, région de Koutiala, région de San, région de Douentza, région de Bandiagara ».

-Vu l’article 4 de la même loi qui dispose : « article 4, la présente loi abroge au fur et à mesure de sa mise en œuvre échelonnée sur 5 ans à compter de sa promulgation, toutes dispositions antérieures contraires, notamment celle de l’ordonnance n°91-039/P-CTSP du 08 août 1991 déterminant les circonscriptions administratives et les collectivités territoriales», peut-on lire dans la déclaration.

Les populations à défier l’Etat 

Le document de trois pages du CRNOP fait le constat que « la mise en œuvre échelonnée sur 5 ans de ladite loi à compter de sa date de promulgation, le 2 mars 2012,  n’a concerné que deux régions Taoudénit et Ménaka ». « Sachant que l’expiration imminente du délai de mise en œuvre de la même loi constitue une lourde hypothèque du tour d’opérationnalisation des 9 autres régions qui attendent anxieuses. Nous populations des régions de : Nioro, Kita, Nara, Dioïla, Bougouni, Koutiala, San, Douentza et Bandiagara créées mais non encore opérationnelles demandons avec insistance et fermeté leur découpage en cercles et la détermination des arrondissements de leur ressort respectif et ce, avant les élections locales et régionales qui se dessinent. A défaut de quoi, les populations desdites régions ne participeront pas aux élections locales et régionales à venir. Elles se réserveront le droit de mettre en place leurs autorités intérimaires », a  ajouté le texte du CRNOP qui appelle les populations des régions concernées à se mobiliser contre toute modification  de l’article 4 ou abrogation  de la loi 2012-017.

Invité à cette cérémonie, le Pr Abdoulaye Niang du Réseau ‘’JOKO NI MAYA’’ a affirmé que la balle est dans le camp des populations de ces neuf régions. Car, dit-il, il leur appartient de prendre leur destinée en main. « Nul ne le fera à leur place », a-t-il affirmé. Selon lui, le temps d’interpellation à propos de l’application de cette loi est révolu. Pr Abdoulaye Niang estime que la mise en place par les populations des autorités intérimaires dans les localités concernées ne sera jamais en porte-à-faux avec les textes. « Si l’Etat n’est pas en mesure de le faire, si les localités le font d’elles-mêmes, elles doivent même être accompagnées et félicitées », a-t-il affirmé.

Au nom des députés de Bougouni et de Kolodièba, l’honorable Zoumana N’Tji a affirmé qu’il remettra la déclaration à qui de droit. Pour lui, les députés sont en mission de la population. Le devoir d’un député, a-t-il conclu, est de relayer les préoccupations des populations devant les plus hautes autorités.

Drissa Togola, envoyé spécial à Bougouni

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