Rentrée scolaire 2018-2019 : Deux acteurs de l’école s’expriment

Dans le cadre de la rentrée scolaire 2018-2019, effective depuis le 1er octobre dernier, nous avons interrogé deux acteurs de l’école. Abdoulaye Cissé, Chargé d’Orientation à l’Académie d’Enseignement de Kati et Bréma Diarra, enseignant généraliste à Kati, ont accepté de donner leurs avis sur l’état actuel du système éducatif et l’année scolaire 2018-2019 perturbée par la grève de l’association des promoteurs des écoles privées.

Abdoulaye Cissé, Chargé d’Orientation à l’Académie d’Enseignement de Kati : « On doit mettre moins l’accent sur l’enseignement secondaire pour donner place à l’enseignement technique et professionnel, surtout l’industrie »

De façon générale, l’éducation au  Mali va vers la catastrophe, si ce n’est pas déjà le cas. Parce qu’à tous les niveaux, il y a des problèmes : au niveau des parents à la maison, des enfants à l’école et surtout au niveau de l’enseignement, du personnel enseignant tant au niveau fondamental qu’au secondaire. Ce sont des préoccupations pédagogiques. Les enseignants d’aujourd’hui ne se préoccupent pas de la pédagogie, ne se soucient pas des enfants. Comme on le dit, l’enseignement, c’est un sacerdoce, on venait dans l’enseignement par vocation. Au départ, les premiers enseignants signaient un engagement qu’on appelait l’engagement décennal. On s’engage à véhiculer le savoir. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ceux d’aujourd’hui sont enclins à des revendications. Si je dis qu’aujourd’hui, il y a un problème au niveau des enseignants, je veux parler des grèves, de la mauvaise formation des enseignants.

Seulement dix enseignants sur cent peuvent communiquer en faisant savoir ce dont ils ont besoin, quel est le produit qu’ils veulent avoir en fin d’année ou de cycle. Sur le plan éducatif, la ressource humaine formée à la réalité malienne, à la société, la formation sociétale qu’on doit donner d’abord, ensuite la formation académique, tout cela fait défaut.

Les parents d’élèves ont aussi leur part de responsabilité. On peut attribuer cela à la pauvreté, aux difficultés qu’ils rencontrent à l’inscription. 40% des parents d’élèves sont plus ou moins instruits. Quand on n’a pas une certaine appréciation de l’école, on n’accorde pas d’intérêt à l’éducation. Il faut avoir un certain niveau d’instruction pour accorder à l’école l’intérêt qu’il faut.  Comme on le dit, le meilleur investissement d’un parent, c’est l’enfant. Si tu investis dans l’enfant, tu peux être sûr qu’il n’aura rien à te reprocher. Et tu auras aussi contribué au développement de la nation car, tout pays où l’éducation est reléguée au second plan est voué à l’échec. On ne peut pas construire un pays par incantation, il faut la formation. Les parents ne mettent pas l’accent sur la formation, sur l’éducation, ils n’investissent pas dans les enfants. Dans la plupart des cas, on voit que l’enfant est laissé à la charge de la maman. Par exemple, au niveau primaire, les mamans sont enclines à se débarrasser de leurs enfants, pourvu qu’ils soient partis à l’école.

Les enfants aussi doivent être conscients. Là intervient l’Etat qui doit être regardant sur beaucoup de choses. Comme on le dit, « l’enfant, c’est comme la boue qu’on peut modeler à son goût ». Pourquoi je parle de l’intervention de l’Etat ? On a enlevé la coercition à l’école, c’est-à-dire les sanctions punitives. On n’a pas la même vision que les occidentaux. Leur éduction, c’est comme ça, ils doivent évoluer en se faisant aider mais, chez nous, ce n’est pas la même réalité. On doit faire quelque chose pour montrer à l’enfant qu’il lui faut travailler à l’école. Mais, ce n’est plus le cas. Dès l’instant où l’Etat a enlevé le châtiment corporel de l’école fondamentale, c’est le laisser-aller qui a  commencé. Il y a aussi des textes qui disaient qu’à partir de 15 ans déjà, on avait des difficultés pour être orienté après l’admission au D.E.F. Beaucoup d’enfants n’étaient pas orientés et c’est vers les parents qu’ils retournaient. Les parents ayant compris cela, ils inscrivent leurs enfants très tôt à l’école. Cela génère des problèmes terribles au niveau secondaire parce que l’enfant arrive là-bas adolescent, une phase de révolte. C’est pourquoi les crises intempestives sont certainement dues aux enfants et au personnel enseignant. A cette phase de crise d’adolescence, les enfants ne se comprennent plus avec les enseignants et cela fait un moment que même les enfants de vingt ans sont orientés. De nos jours, on doit mettre moins l’accent sur l’enseignement secondaire pour laisser place à l’enseignement technique et professionnel, surtout l’industrie.

Pour finir, l’appel que je lance va à l’endroit des autorités en charge de l’éducation. Pour ma part, je crois qu’il faut une réforme qui va regarder dans le rétroviseur pour voir les anciennes pratiques. Certes, elles n’étaient pas toutes bonnes mais parmi elles, il y en a qui sont bien. Il faut également une prise de conscience au sommet, une fois que ça commence à ce niveau, c’est sûr que dans la pyramide, c’est-à-dire à la base, il y aura une prise de conscience et on aura une bonne formation. Pour ce faire, il faut beaucoup mettre l’accent sur la formation des maîtres, surtout la discipline, la déontologie et la vocation de l’enseignement. Un autre aspect, c’est la création d’écoles qui est devenue du commerce pur et simple. L’école ne doit pas être commerciale, elle doit être formative.  Pour les parents, il faut une prise de conscience, ils doivent comprendre qu’on doit investir dans les enfants.

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