Spring School Dakar 2018 sur « Médias et Migration » : Des journalistes africains et européens partagent leurs expériences

Des journalistes africains et européens ont partagé leurs expériences sur le phénomène migratoire au cours du Spring School 2018 tenu du 11 au 17 mars dernier au Centre de recherche ouest-africain de Dakar sur le thème « Médias et Migration ».
Fruit d’un partenariat fécond et fructueux entre African Media Initiative (AMI), Africa Positive, l’institut international de journalisme Erich Brost, l’Université technique de Dortmund et la Fondation Robert Bosch, le Spring School Dakar 2018 visait entre autres à connecter les journalistes africains et européens et affiner les compétences analytiques des participants dans le domaine de la migration. Selon Veye Tatah d’Africa Positive, l’un des objectifs de cette première rencontre entre professionnels de l’information était de parvenir à un traitement équilibré de la question migratoire, devenue une préoccupation à l’échelle mondiale.
La présence de l’Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne au Sénégal, Son Excellence Stephan Roken à la cérémonie d’ouverture ainsi que ses échanges directs avec les participants ont permis de rehausser le niveau de cette rencontre internationale au cours de laquelle d’importants thèmes ont été brillamment développés par des experts européens et africains. On peut citer entre autres «Migration : l’histoire africaine » d’Eric Chinje, « Migration et journalisme : les perspectives inter-culturelles » de Veye Tatah, « Migration : une perspective démographique sur l’Afrique et l’Europe » de Dr Reiner Klingholz, directeur de l’institut de Berlin pour la population et le développement, « Comment couvrir l’histoire de la migration » de Hamadou Tidiane Sy, « Les facteurs de la migration en Afrique » de Michèle Bombassei de l’Organisation internationale pour la migration (OIM) du Sénégal, « Migration en Europe et en Afrique: perspectives politiques » de Prof Friedrich Heckmann, « Les facteurs économiques et sociaux : une perspective européenne sur le développement de l’Afrique » de Jann Lay, Directeur de l’Institut des affaires africaines et responsable de la croissance et du développement du programme de recherche Giga, « La politique migratoire en Europe : les agendas politiques dans l’Europe occidentale et orientale », d’Anna Knoll, responsable du programme de migration au Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) au Pays-Bas, « Liberté de la presse et couverture de migration », de Gabriel Baglo, secrétaire général de la fédération africaine des journalistes et « Couvrir la migration: gérer les problèmes de sécurité, les crises et les traumatismes » de la journaliste égyptienne Abeer Saady.

Des vérités en toute confraternité pour laver des clichés

Si les différents exposés ont permis aux journalistes venus des pays européens et africains de renforcer leurs capacités, il faut reconnaître que les discussions ont été très houleuses entre les confrères qui, sans pourtant mettre de côté les règles de la confraternité, ont craché quelques petites vérités.
Spring School Dakar 2018, c’est des travaux de groupes. Les participants ont pu travailler au sein de quatre groupes afin de dégager des pistes de sujets pouvant faire l’objet d’enquête. C’est également des visites de terrain. Ainsi, les participants se sont rendus dans l’après-midi du mercredi 14 mars 2018 à l’école élémentaire Elhadji Talla Diop de la ville de Pikine pour rencontrer un groupe de négro-mauritaniens réfugiés au Sénégal depuis 1989. Au centre de formation professionnelle des femmes de l’arrondissement de Thiaroye, le groupe de journalistes africains et européens a eu des échanges fructueux avec Mme Yayi M’Bayan Diouf, Présidente du collectif des femmes pour la lutte contre l’immigration clandestine au Sénégal. Cette mère de famille qui a perdu son fils unique dans l’océan se mobilise aujourd’hui pour sensibiliser sur les risques liés à ce phénomène. Le village artisanal de Soumbedioune et le port de pêche de ce quartier ont été visités par les participants de même que l’entreprise Esteval, spécialisée dans la transformation des fruits locaux. Sur place, la co-fondatrice de cette entreprise dont l’autre fondateur est un ancien expatrié, Mme Valery N’Diaye, a largement édifié ses visiteurs sur les motivations ayant précédé à la création d’Esteval ainsi que sa présence sur le marché sénégalais.
Les organisateurs de Spring School Dakar 2018 ont fait visiter aux participants le monument de la renaissance africaine et l’île de Gorée. Un moment de communion et de partage.
Côté récréatif, il faut juste retenir la réception offerte aux participants, le mardi 13 mars, par l’ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne au Sénégal dans le jardin de sa résidence et le dîner au cours duquel des pas de danse ont été esquissés au son de la musique sénégalaise.

Chiaka Doumbia, envoyé spécial à Dakar

Ils ont dit
Nuwea Ben Modika, Journaliste au Cameroun
“La question migratoire doit être dite de la manière africaine”
Je suis impressionné par la qualité des participants mais aussi des exposés. Comme vous le savez, les thèmes concernant la migration ne sont pas suffisamment traités dans nos médias ou le sont avec une certaine irrégularité. Pas comme RFI. Ce n’est pas assez suffisant. La migration doit être au sein de nos rédactions un sujet important, quotidien.
Il y a un débat qui a été houleux ici. Ce débat portait sur le fait que les africains sont poussés à immigrer parce que leurs dirigeants ne font pas assez pour retenir les jeunes. Cela est vrai. Nous voyons l’exemple du Rwanda qui a connu un moment très difficile mais il est devenu aujourd’hui un pays très intéressant où les jeunes ne veulent pas immigrer. Au Rwanda, la vie est agréable. Il y a de l’espoir. Le manque d’espoir dans beaucoup de pays pousse les jeunes à partir non pas pour aller chercher une vie meilleure mais tout simplement pour avoir le droit à la vie.
Je suis d’accord que le sujet de migration nous préoccupe comme le changement climatique. On doit accorder autant d’importance à ce sujet. La migration ne doit pas être un sujet dont la narration est faite par RFI et l’Europe. Aujourd’hui, on en parle parce que l’Europe se sent harcelée, or quand l’Afrique, voire le Cameroun est harcelé par des centaines de réfugiés centrafricains depuis des décennies, on n’en parle pas.
On dit qu’il n’y a pas d’effort parce que les réfugiés syriens ont rempli l’Europe. C’est ça le problème mais on n’en parle pas. Les Camerounais qui sont en train de fuir le Nigéria, on n’en parle pas. Ce sont les médias européens appelés par quelques grandes bouches qui en parlent à leur manière. Et ça serait compris à leur manière sans les perspectives africaines. Il faut que nous les journalistes africains, fassions un effort d’en parler et d’en parler plus. La question migratoire doit être dite de la manière africaine.
Joanna Makosa, Journaliste en Pologne
« La formation a été une excellente opportunité pour moi »
Le plus grand avantage est de se rendre sur le terrain pour voir comment ça se passe. J’ai eu l’occasion de partager avec des journalistes africains. J’ai eu des échanges très fructueux et concerts. La formation a été une excellente opportunité pour moi. J’ai compris les perspectives africaines, les facteurs qui poussent certains à partir et d’autres à rester sur place. Les exposés et les échanges vont m’aider dans le traitement de l’information sur le sujet migratoire de façon plus concrète.
Propos recueillis par Chiaka Doumbia
Source: Le Challenger

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *