Un 3e mandat présidentiel à haut risque en Côte d’Ivoire : Martin Bléou sous la menace de mort

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L’éminent constitutionnaliste, Martin Bléou, s’est attiré les foudres du régime en place pour avoir soutenu que la Constitution interdit à Alassane Dramane Ouattara de briguer un troisième mandat.

L’imbroglio de la présidentielle d’octobre prochain porte les germes d’une tension entre partisans et opposants du candidat Alassane Ouattara pour un troisième mandat. Après le décès, le 8 juillet, de son premier ministre et dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, s’est porté lui-même candidat un troisième mandat. Ce revirement est lourd de conséquences car, depuis, la classe politique ivoirienne est en effervescence. Ce troisième mandat est décrié par l’opposition. Les prémices de l’explosion de la bombe du scrutin présidentiel d’octobre prochain sont déjà perceptibles.

Après s’être opposé à un 3e mandat de Ouattara, l’éminent professeur Martin Bléou est en danger de mort. Ce professeur agrégé de droit tient à informer la communauté internationale du projet visant à l’éliminer physiquement. Pour  avoir ouvertement déclaré qu’Alassane Ouattara n’a pas le droit de briguer un 3e mandat. Mais qui veut tuer le professeur Martin Bléou ?

La question se pose  avec de plus en plus d’acuité. Outre l’aspect politique, le Pr. Martin Bléou, juriste éminent, a décidé d’éclairer la lanterne de ses concitoyens en passant en revue  les conditions d’éligibilité énoncées par la Constitution pour voir si oui ou non le président ivoirien peut prétendre à un autre mandat.

Ainsi: « A propos de la limitation du nombre de mandats présidentiels en côte d’Ivoire. » le professeur Martin Bléou a déclaré : « Je crois, en toute conscience devoir apporter ce que je considère comme étant la réponse du droit »Pour  le juriste constitutionnaliste de rappeler le principe édicté par la défunte Constitution en son article 35, alinéa 1er : « Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage  universel direct. Il n’est rééligible  qu’une fois.»

En vertu de cette loi «en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels ». Mais l’avènement de la Constitution de la IIIème République marque-t-il un nouveau départ ? Au point de faire  table rase  des deux précédents mandats ? À ce sujet, le professeur titulaire des Universités se veut formel : « Le président de la République qui a reçu deux mandats l’un en 2010, et l’autre en 2015 aurait pu avoir le droit de briguer un troisième mandat, et même de se porter indéfiniment candidat à l’élection présidentielle, à une seule condition : celle de la suppression ou de l’abrogation, ou tout simplement, de la non reconduction  du principe de  la limitation du nombre  de mandats présidentiels par la Constitution  du 8 novembre 2016.» Or, poursuit l’ancien ministre de la Sécurité intérieure, la Constitution du 08 novembre 2016 a tout simplement reconduit le principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels en son article 55 alinéa 1er : « Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, il n’est rééligible qu’une fois ».

Aussi explique-t-il : « Cette circonstance  donne de constater que le principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels n’a pas cessé d’exister pour réapparaître  par la suite. Ce principe existe donc de façon continue, depuis l’entrée en vigueur de la Constitution du  1er août 2000. Il est en vigueur  depuis 2000 sans rupture.»

Mais il semble  que cette prise de position du non moins président d’honneur de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme ne satisfait pas certaines personnes. Ainsi, le vendredi 28 août dernier, l’homme de droit a publié une note dans laquelle il affirme que sa vie est menacée. Voici le contenu de son communiqué : « Il me revient de façon récurrente et convergente, de plusieurs sources, que la décision a été prise de m’éliminer physiquement, soit par empoisonnement, soit en provoquant un accident de la circulation, soit encore à l’arme à feu. Les raisons invoquées au soutien d’un tel projet tiennent au fait que j’ai osé restituer la vérité du droit relativement à la question de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Or, le principe de la limitation ne procède pas de moi ; il existe, de façon continue, depuis 2000 en tant que consacré par la Constitution du 1er août 2000, il a été reconduit parla Constitution  du 08 novembre 2016.

‘’Pour avoir osé m’exprimer en ma qualité de citoyen  et de juriste’’

Par l’information que voilà, je voudrais pouvoir prendre à témoin la communauté nationale et internationale, à propos des risques auxquels je me trouve exposé pour avoir osé m’exprimer librement en ma qualité de citoyen  et de juriste ». Signé Martin Bléou Agrégé de droit public et science politique, Professeur titulaire des Universités, Président d’honneur de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme, Ancien vice-président de l’Union interafricaine des droits de l’homme et Ancien ministre  de la sécurité intérieure.

Ces pratiques anti-démocratiques se passent chez un homme qui est devenu l’un des pourfendeurs du Comité national pour le Salut du Peuple au Mali qui a amené le président IBK à rendre sa démission.  Alassane Dramane Ouattara a opéré un coup d’Etat contre la constitution est donc mal placé pour donner une leçon aux nouvelles autorités maliennes. L’acte posé par le président Ouattara est un coup d’Etat constitutionnel, contrairement à la junte qui n’a fait que parachever le travail du M5- RFP.

Pour  Tierno Monénembo, écrivain guinéen, Prix Renaudot en 2008 pour son ouvrage intitulé ‘’Le Roi de Kahel’’  mieux vaut le pronunciamiento que le tripatouillage  constitutionnel. C’est plus franc, plus honnête, plus intrépide.

Pourquoi les Chefs d’Etat de la Cedeao ne sont pas prompts à brandir l’épouvantail de l’embargo économique et financier contre ceux qui tripatouillent leurs constitutions ? Répondez, sinon le tribunal de l’Histoire ne vous ménagera pas.

Mohamed Koné, correspondant à Kadiolo.

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